Archives
 

Témoignages d’accompagnateurs-trices

Sophie Mailly

2016

 

Durant sept mois en tant qu’accompagnatrice internationale, j’ai pu en apprendre énormément sur le Guatemala, même si de nouvelles découvertes et apprentissages surgissent tous les jours.

Cependant, comme j’ai été assignée à la région ixil, j’ai pu connaître plus en profondeur les Ixils et les luttes qu’ils mènent. J’ai trouvé fascinant de connaître un peu plus une région et ses habitants, malgré leur histoire troublante et toujours vivante. En passant beaucoup de temps dans les communautés, chez les familles, j’ai écouté plusieurs témoignages du conflit armé. J’ai pu les accompagner solidairement dans le procès pour génocide, tant en assistant à des audiences et à des réunions qu’à écouter ce que les Ixils avaient à dire. J’ai ainsi découvert un passé et un présent difficiles qu’il faut faire connaître à l’étranger. J’ai aussi eu l’occasion de réaliser des accompagnements dans d’autres régions et à la capitale. J’ai connu beaucoup de personnes qui m’ont grandement impressionnée par leur résistance et leur détermination qui dure depuis des années.

 

Catherine Tremblay

2015

 

Étudiante au baccalauréat en relations internationales et droit international à l’UQAM. Catherine a un intérêt particulier pour les enjeux de droits humains, les droits autochtones et environnementaux, et les questions de guerre et paix.

Les premières semaines de mon activité d’accompagnatrice internationale furent consacrées à me familiariser avec l’histoire et la situation en matière de droits humains des communautés au sein desquelles j’allais travailler. Cette collecte d’informations tant sur les persécutions vécues par les populations que sur les enjeux politiques et juridiques du pays, m’a permis de comprendre le contexte où allait se situer mon action. Bien que ma vision de cette activité évolue continuellement, j’ai pu me doter d’une définition de ce qu’est l’accompagnement international grâce à des paroles recueillies dans les communautés que j’ai visitées. Pour certains, notre action permet de diminuer le risque de violence physique qu’ils encourent du fait de leur action en tant que défenseur-e-s des droits humains. Pour d’autres, c’est plutôt l’appui moral que nous leur apportons qui importe. Mais dans les deux cas, les discussions que nous avons eues lors de nos visites démontrent la confiance que ces personnes ont vis-à-vis de notre action. Selon elles, nous contribuons à ouvrir les espaces nécessaires à la poursuite de leur lutte pour la justice et contre l’impunité.
J’ai accès aux organismes communautaires et juridiques et à l’expertise de professionnels locaux qui m’aident à comprendre la conjoncture nationale et ses conséquences dans les communautés accompagnées. J’observe la vie communautaire, avec ses réunions, ses cérémonies, ses conflits et ses injustices qui persistent.

 

Mon rôle en tant qu’accompagnatrice, c’est de savoir observer, d’analyser, de prendre des notes, de divulguer l’information, de relayer des luttes et dans certains cas d’appuyer, de supporter. Paradoxalement, ce rôle est à la fois limité par ma position d’étrangère et rendu effectif par cette même position. Mes privilèges indéniables tels que la nationalité canadienne font qu’on m’accueille comme si je possédais les yeux du monde. Pourtant, jamais je ne pourrais entièrement saisir le contexte de violence et de peur mis en place pour maintenir les populations autochtones guatémaltèques dans le silence. Après avoir donné son témoignage devant la juge, une survivante du génocide s’exclamait avec satisfaction : « Maintenant, tous savent qu’on ne ment pas! ».

 

En créant des liens et en mettant nos réseaux à disposition des défenseur-e-s des droits humains, nous contribuons à ce que tout le monde sache.

Mélisande Séguin

2015

 

Étudiante en Études Internationales option Développement International à l’Université de Montréal. Elle a été présidente du Comité d’Amnistie Internationale de l’UDEM de 2013 à 2014 et s’est impliquée auprès de différents organismes dont Greenpeace et WWF.

Pour la prochaine année elle sera à nouveau accompagnatrice au Guatemala, mais cette fois avec les Brigades de paix internationales.

L’accompagnement international, qui est un outil pour appuyer les défenseur-e-s des droits humains, a connu de nombreux rebondissements depuis le mois de mai 2014. En tant que bénévole auprès du PAQG et d’ACOGUATE j’ai été témoin de nombreux événements marquants dont l’éviction forcée de la Puya, la tentative d’éviction forcée de deux accompagnateurs des Brigades de paix internationales, l’état de prévention proclamé à San Juan Sacatepéquez pour les mobilisations contre la mine de ciment qui y est installée, la réouverture du procès contre Rios Montt pour génocide, le début du procès contre Myron Padilla pour les violations des droits humains commises autour du projet minier situé à El Estor, l’emprisonnement de nombreux défenseurs du territoire de Huehuetenango et le début du mouvement #RenunciaYa. Cette période a été chargée pour les défenseur-e-s des droits humains et donc pour les accompagnateurs-trices. Dans ce nouveau contexte, les risques encourus par les bénévoles sur le terrain ont augmenté, et les incidents de diffamations à notre encontre se sont multipliés dans les médias. Ces changements parfois drastiques ont amené l’équipe sur le terrain à entamer un processus de remodelage des méthodes employées afin d’assurer la sécurité des accompagnateurs-trices et d’intensifier les effets positifs de l’accompagnement sur le travail des défenseur-e-s des droits humains.

 

Personnellement, j’ai vécu une expérience que je pourrais qualifier de complète et d’intense. J’ai eu la chance de travailler avec différents groupes et communautés qui défendaient leur territoire des effets dévastateurs de l’activité extractive ou encore qui tentaient de récupérer leurs terres précédemment usurpées par des propriétaires terriens pour ensuite être exploitées pour la production massive de café. J’ai également pu rencontrer de nombreux défenseur-e-s des droits humains qui militent contre l’impunité et pour la mémoire historique. Parmi ceux-ci on trouvait non seulement des avocats mais aussi des témoins du génocide. J’ai donc participé à de nombreuses activités, allant de consultations communautaires sur des projets miniers à des visites dans les communautés en passant par l’observation d’audiences et des réunions avec différentes instances du gouvernement guatémaltèque. Finalement, cette année, déjà incroyable de par la nature du travail, s’est ponctuée de nombreux moments inoubliables avec les autres accompagnateurs-trices et les gens avec qui je me suis liée d’amitié. Ce mode de vie complètement distinct de celui que j’avais avant mon départ et ces gens avec qui j’ai passé mon année au Guatemala m’ont également aidée à grandir sur les plans personnels et professionnels et m’ont donné un regard plus ouvert et éclairé sur le monde.

 

Premières impressions de Mélisande au début de son mandat

Depuis mon arrivée au Guatemala, ma vision de l’accompagnement international a changé à maintes reprises. Je me suis vue comme journaliste, avocate, analyste politique et beaucoup d’autres choses plus ou moins sensées qui se trouvaient très loin de la véritable définition de l’accompagnement. Trois mois plus tard, j’ai encore du mal à définir ce en quoi consiste mon travail d’accompagnatrice au Guatemala, entre autres parce que je ne pourrai jamais m’imaginer ce qu’ont vécu les gens qui ont connu le conflit armé.

 

Toutefois, après avoir rencontré de nombreux activistes de plusieurs régions, j’ai pris conscience de l’importance du volet  »soutien moral » de notre mandat. En réalisant cela, j’ai compris que le simple fait d’être présente sur le terrain aux côtés des personnes que l’on accompagne a un impact beaucoup plus direct et positif sur leur lutte que n’importe qu’elle autre forme d’action. Après ma courte expérience au pays des quetzales, j’en suis donc arrivée à la conclusion que la plus grande aide que je puisse apporter à ces gens se trouve dans le fait de leur rappeler qu’autour du monde, des milliers d’activistes connaissent leur histoire et continuent de les appuyer moralement ou physiquement dans leur quête de justice.