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L’histoire du Guatemala : De la colonisation aux Accords de paix

 

La colonisation

(De 1524 à la fin du XIXème siècle)

En 1524, Pedro de Alvaro vient conquérir le royaume K’iche’, anciennement berceau de la civilisation maya. S’en suit l’apparition des haciendas, soit les grandes exploitations agricoles coloniales, rimant avec domination et exploitation des peuples autochtones. Pendant 200 ans, le Guatemala vivra sous l’emprise espagnole. En 1821, le pays obtient son indépendance officielle, ce qui n’empêche pas les étrangers de continuer à exercer une domination impérialiste sur la population locale.

À la fin du XIXème siècle, le pays connait un renouveau économique, qui n’aura pas d’effet positif sur les communautés autochtones qui continuent de se faire exploiter. En effet, les Mayas sont utilisés comme des esclaves dans les plantations. Les colonisateurs et entrepreneurs étrangers volent leurs terres et les communautés se voient refoulées dans les régions montagneuses.

La tutelle américaine

(1898-1944)

Durant cette période, le Guatemala se retrouve sous la tutelle virtuelle des États-Unis. Deux dictateurs, Manuel Cabrera et Jorge Ubico, laissent la United Fruit Compagny s’emparer des plantations et constituer un véritable empire bananier. Durant ces années de dictature, le pays est en réalité dirigé par de grandes compagnies américaines. C’est à ce moment que certains métisses (les ladinos) vont s’enrichir et devenir les principaux propriétaires terriens.

Afin de maintenir le peuple sous son autorité, l’armée exerce une répression qui mène à de fortes tensions politiques et sociales. Ces tensions entraînent de multiples grèves et manifestations, ce qui pousse Jorge Ubico à démissionner en 1944.

Une révolution démocratique : 10 ans de réforme

(1945-1955)

En 1945, Juan José Arévalo est élu Président. La tutelle américaine prend fin. De nombreuses réformes sociales sont lancées, notamment concernant la répartition des terres et du travail agricole. Les propriétaires terriens et les compagnies américaines sont fortement opposés à ces changements.

Les États-Unis fomente donc un coup d’État. En 1954, c’est la fin de l’expérience démocratique et les militaires arrivent au pouvoir. Ils instaurent un régime autoritaire anti-communiste qui favorise l’éclatement d’une guerre civile en 1960.

Un conflit armé interne

(1960-1996)

Une répression ciblée (1960-1970)

Durant la décennie qui suit, les gouvernements autoritaires vont se succéder au rythme des coups d’État ou d’élections fantoches. Les dirigeants sont proches de l’oligarchie et des militaires et usent de la violence pour faire valoir leurs intérêts. Les mouvements d’opposition vont s’organiser et s’armer pour créer des guérillas.

Pendant le conflit, la violence étatique s’exerce de façon ciblée. On cherche à éliminer les dirigeants de l’opposition et les activistes. Les forces armées affrontent violemment les différents groupes de guérilla (MR-13, l’ORPA, l’EGP, FAR, PGT…), qui se réuniront plus tard sous l’URNG (Union revolucionaria nacional guatemalteca). Les militaires au pouvoir interdisent les partis politiques ainsi que les organisations syndicales et exercent une importante répression envers les dirigeants des groupes de gauches soupçonnés alors de communisme.

Pendant les années 70, la violence se poursuit. Les réformes proposées sont défavorables aux populations paysannes et réduisent de beaucoup leurs ressources. La pauvreté et la frustration augmentent. C’est ce qui poussera notamment au début des années 1980, la création du CUC (Comité d’unité paysanne). Ces groupes luttent essentiellement pour se réapproprier les terres qui leur ont été enlevées depuis le début de la colonisation.

Les années de répression massive (1980)

En 1978 arrive au pouvoir Fernando Romeo Lucas Garcia. Commence alors une des périodes les plus difficiles pour le pays, particulièrement pour les populations autochtones. Efrain Rios Montt qui prend le pouvoir en 1982 exerce une répression particulièrement sanglante. Il développe une politique de la terre brûlée, qui le mène à raser complètement 440 villages. Cette politique suit une stratégie militaire bien précise : il s’agit d’attaquer les populations autochtones afin de détruire les bases possibles de ravitaillement et de soutien de la guérilla. Les Mayas seront donc les principales victimes de ce carnage. Les disparitions se multiplient, les massacres collectifs aussi. Des divisions militaires et paramilitaires sèment la terreur. On parle alors beaucoup des escadrons de la mort, qui enlèvent, torturent et tuent des centaines d’individus accusés de soutenir la guérilla, mais aussi des Patrouilles d’auto défense civile (PAC). Ces PAC sont recrutées, souvent de forces, dans les villages. Entraînés pour tuer, ils sont l’outil par excellence du génocide. Les résultats de ces années de répression sont terribles. On considère que le conflit aura fait plus de 200 000 victimes. Plusieurs charniers demeurent encore cachés et les principaux coupables sont encore en liberté.

Les accords de paix et le retour à une société civile

(1996)

En 1985, le pays ressent fortement les différentes pressions internationales. Afin d’attirer l’aide économique, les militaires acceptent de céder le pouvoir aux civils. C’est alors qu’est élu Vinicio Cerezo. Malgré l’instauration d’un nouveau régime officiellement démocratique, les militaires restent très présents au pouvoir.

Les années 1990 seront des années de négociations, mais aussi de retour des exilés qui se sont réfugiés, pour la plupart, au Mexique. Après plusieurs pourparlers, un accord est signé permettant un premier retour massif de réfugiés le 20 janvier 1993. De plus, pour la première fois, un dialogue s’établit entre le gouvernement et la guérilla. Il faudra attendre le 29 décembre 1996 avant que ne soient signés les Accords de Paix. Depuis, malgré la fin du conflit armé et quelques avancements que certains qualifient de démocratiques, la population n’a toujours pas eu justice et réparation pour ces 36 ans de guerre civile et la violence est toujours présente au quotidien pour beaucoup de Guatémaltèques.