Archives
 

Norma Sancir

Norma Sancir

IMG-20170317-WA0048

Norma Sancir

38 ans

  • Baccalauréat en journalisme de l’Université San Carlos de Guatemala
  • Études dans sa communauté
  • Journaliste communautaire
  • Défenseure des droits des peuples autochtones
  • Défenseure de la liberté d’expression
  • Militante pour la récupération des territoires et de l’identité autochtones

Début de son implication

Norma est originaire du peuple Kaqchikel, elle a grandi dans un contexte de discrimination et de racisme. Elle a commencé à faire du journalisme communautaire lorsqu’elle a compris que les communautés n’avaient pas accès aux moyens de communication pour s’informer et diffuser de l’information sur les actions qu’ils réalisaient pour revendiquer leurs droits.

Importance de son militantisme

Norma est persuadée que dans un pays pluriel, mais inégal où on viole constamment les droits des peuples autochtones et des pauvres, il est primordial d’utiliser ses connaissances techniques et ses expériences pour diminuer le fossé qui existe entre les personnes marginalisées et le reste de la société. Elle le fait dans l’objectif d’atteindre le plein respect des droits des peuples autochtones et des paysans.

COMMUNICATION COMMUNAUTAIRE: Le journalisme local en péril

 

Dans la société d’information dans laquelle nous vivons présentement existe une diversité des médias de communication mais qui, dans plusieurs occasions, ne reflète pas nécessairement la diversité de perspectives et la richesse des points de vue, essentiels dans un État de droit. Guatemala pourrait en être un exemple, considérant que selon le Centro Civitas le Guatemala «est un pays où il n’y a pas de frein aux intérêts des conglomérats médiatiques , (…) à qui les policiticiens dans les organisations de l’État servent en échange de pot-de-vin ou obéissent à des ordres directs. Le manque d’actualisation dans les lois et l’absence de politique (…) pour la validité de la liberté d’expression, par l’intérêt de ces propriétaires, ajouté au manque d’intérêt des fonctionnaire pour faire respecter les lois en vigueur, favorise le phénomène de concentration de la propriété des médias »./h3>

 

Certaines conséquences de cette situations sont la restriction des libertés d’expression et de presse, comme la censure et l’autocensure, la domination de certains médias, plusieurs cas de corruption, etc. . L’organisation Reporters sans frontières affirme que durant l’année 2014, les agressions contre des journalistes et communicateurs au Guatemala ont augmenté dans un climat d’impunité presque totale . Pendant ce temps, il s’est installé un fort déséquilibre dans l’espace de diffusion, déjà que les médias d’information qui ont la majeure couverture dans le pays continuent de se concentrer sur quelques mains, ce qui constitue une menace au pluralisme de l’information. L’organisation est aussi alarmée par l’augmentation de cas de criminalisation contre les journalistes et communicateurs, comme par le risque encouru par les radios communautaires de devoir fermer leurs portes par manque de statut juridique . Le présent article cherche à présenter le travail effectué par les communicateurs communautaires, ainsi que les risques qu’implique un tel travail au Guatemala.

 

Rendre leurs voix aux peuples autochtones

 

Les médias communautaires, tout comme les radios communautaires, se dédient à diffuser l’information sur la situation des peuples autochtones et les problématiques auxquelles ces derniers font face. Rony Morales, coordinateur de l’équipe de communication de l’Unión de la Unión Verapacense de Organizaciones Campesinas (UVOC) se définit comme un communicateur social communautaire alternatif, et explique que les communicateurs et communicateurs communautaires sont main dans la main avec le peuple, qu’ils travaillent pour et avec le peuple, qu’ils parlent des intérêts de leurs communautés. Ils communiquent avec les communautés dans leur propre langage, dans leurs propres cultures, dans leurs propres cosmovision .

 

Les communicateurs et communicatrices communautaires mentionnent que la communication communautaire en est une à double sens, considérant que le but n’est pas seulement de rendre une nouvelle à quelques récepteurs, mais bien qu’il y ait un échange avec la population, afin que cette dernière puisse participer au discours et donner leur opinion aux nouvelles transmises . Les médias de communications communautaires se convertissent ainsi en un outil d’empowerment, de formation et d’éducation pour les communautés. Norma Sancir, communicatrice communautaire de la Central Campesina Ch’orti´ Nuevo Día (CCCND) affirme qu’elle a commencé à travailler dans le monde de la communication communautaire après avoir pris conscience des droits des communautés autochtones bafoués, et que les médias corporatifs n’avaient pas à cœur d’informer sur cette situation. Elle dénonce que les médias de masse corporatifs sont financés et administrés par des hommes d’affaire et qu’ils n’informent pas sur les violations de droits des peuples autochtones . Elle explique qu’un article à ce sujet pourrait affecter leurs propres intérêts, mettant en risque la logique du modèle actuel de développement du Guatemala, promu par le secteur entrepreneurial qui finance ces médias.

 

Une lutte pour la conquête de l’espace public

 

Dans ce contexte, les médias comme les radios communautaires se convertissent en acteurs politiques qui rivalisent avec les médias d’information traditionnels, afin de gagner l’espace public et de transmettre la réalité vécu dans leur communauté, faisant ainsi contradiction à la vision promue par les médias dominants. La rédaction de la revue Cara y Señal l’explique de la façon suivante: “Les médias de communication sont un espace de conflit social car ils sont un espace privilégié pour la bataille culturelle» . Ce sont des espaces de confrontation entre des interprétations distinctes de la société, des espaces où sont promues la transformation et la reproduction. (…) C’est dans ce contexte qu’on peut voir les radios communautaires comme des acteurs politiques culturels avec la capacité d’intervenir dans cette lutte pour la construction d’histoires sociales, avec la capacité de se constituer en espaces de rencontre pour les hommes et les femmes, (…) avec la capacité de démontrer qu’un autre monde est possible et la capacité de le construire au quotidien’’ . Un des objectifs de la communication communautaire est d’informer et sensibiliser la population afin de briser les cloisons médiatiques des grands conglomérats d’information et générer, à plus long terme, des changements structurels.

 

Un travail à contre-courant

 

Travailler avec les médias de communication communautaires et diffuser l’information qui contredit le discours prédominant tenu par les médias traditionnels n’est pas une activité sans risque. Norma Sancir, de la CCCND, explique comment le fait de travailler dans une organisation sociale qui défend les droits humains implique de faire “ un travail à contre-courant”, considérant que son travail n’est pas reconnu ou valide, ni par les institutions de l’État ni par les médias corporatifs. Par exemple, on utilise parfois le terme “radios pirates” pour désigner les radios communautaires. Elle est indignée par les atteintes aux droits de liberté d’expression soufferts par les médias communautaires, affirmant que « toutes les personnes qui font un travail de communication communautaire depuis les communautés et pour les communautés, donnant la vérité et défendant la liberté d’expression, sont criminalisées, censurées et menacées pour le simple faire de dire la vérité ».

 

Attaque contre qui? Les tirs d’une caméra ne tuent pas.

 

Norma Sancir parle avec connaissance de cause, considérant qu’elle a elle-même souffert de la criminalisation pour faire son travail de communicatrice communautaire avec la Central Campesina Ch’orti’ Nuevo Día. À travers son travail, elle rend compte des différentes thématiques qui affectent la population de la région, entre autres: du droit à l’alimentation, de l’égalité de genre, ou de la violation des droits des communautés Ch’orti’ pour l’imposition de projets hydroélectriques dans les municipalités de Camotán y Jocotán, du département de Chiquimula.

 

C’est pour cette raison que le 18 septembre 2014, elle était présente sur le Pont Jupilingo, dans la ville de Camotán, ou la Police Nationale Civile (PNC) a procédé à une intervention violente lors d’une manifestation, dans le contexte d’une journée de grève nationale. Lorsque qu’elle est arrivée pour faire son travail comme journaliste, prenant des photos de ce qui était en train de se produire, des membres de la PNC l’ont arrêtée, dénoncée et l’ont accusé « d’attentat et de désordre public ». Elle a dû passer cinq jours incarcérée, avec un autre membre de la CCCND et d’autres personnes de la communauté Cho’rti’ présents lors des événements. Les cinq personnes détenues ont été libérées le 22 septembre sur manque de preuve . Norma Sancir, qui s’était rendue sur le Pont Jupilingo pour documenter et informer des événements, dénonce la stigmatisation et la criminalisation qu’elle a soufferte pour ne pas travailler pour un média de communication reconnu. Elle ajoute d’ailleurs que ces mêmes médias de communication dominants ne l’ont pas soutenue, mais qu’ils l’ont plutôt diffamé, la traitant de « pseudo journaliste », « leader » ou « déstabilisatrice » .

 

Censure de la radio communautaire de Snuq’ Jolom Konob’ de Santa Eulalia

 

Un autre type d’agression contre les médias communautaires est la censure, comme a souffert la radio communautaire Snuq’ Jolom Konob’ de Santa Eulalia, dans le département de Huehuetenango, depuis le 20 janvier 2015.

 

La radio Snuq’ Jolom Konob’, qui a célébré ses quinze ans d’existence en décembre 2014, est une radio communautaire qui, selon Lorenzo Mateo Francisco, communicateur social et membre du conseil d’Administration de la radio, “a travaillé au bénéfice de la communauté afin de transmettre, autant les besoins du peuple, comme pour diffuser la culture » . La radio a aussi couvert des problématiques relatives à la défense du territoire et des ressources naturelles, et en particulier les conflits générés par l’implantation du projet hydroélectrique de l’entreprise Hidro Santa Cruz. L’organisation Reporter sans Frontières mentionne que “la couverture médiatique de la défense d’un territoire ancestral appartenant aux peuples autochtones a créé un malaise entre les autorités locales, qui ont appuyé l’installation de l’entreprise » .

 

Le 19 janvier 2015, un contingent antiémeute de la PNC est entré dans la communauté de Pojom, dans la municipalité de San Mateo Ixtatan, procédant à la perquisition de plusieurs propriétés et l’arrestantion de leaders communautaires. Les authoritées ancestrales de la communauté, tout comme la population de Santa Eulalia et de plusieurs municipalités environnantes, se sont soulevés afin d’exiger la libération des deux personnes détenues des policiers . Lorenzo Mateo Francisco et l’équipe de journalistes de la radio Snuq’ Jolom Konob’, ont informé la population sur ces événements durant toute la journée. Le 20 janvier, Lorenzo Mateo Francisco a été informé que deux personnes avaient été blessées lors d’une fusillade pendant laquelle le maire de Santa Eulalia était apparemment impliqué. Le journaliste El comunicador s’est ainsi rendu aux installations de la radio afin de l’ouvrir, avec un de ses collègues. Cependant, à son arrivée, un groupe de sympathisants du maire qui se retrouvait dans l’édifice, les ont agressés et empêchés d’entrer. Un peu plus tard le même jour, ces mêmes individus ont mis un cadenas sur la porte et depuis ce temps, la radio est restée fermés et par conséquent censurée .

 

Le 19 mai de la même année, deux mois après la fermeture forcée de la radio, s’est organisé un événement public afin de d’ouvrir à nouveau la radio Snuq’ Jolom Konob’, avec la présence des autorités ancestrales de la communauté ainsi que des représentants de la société civile, de journalistes et de communicateurs nationaux et internationaux. Cependant, le maire de Santa Eulalia et ses partisans ont empêché la réouverture de la radio, intimidant et agressant violemment les communicateurs présents, leurs enlevant leurs caméras, les insultant et les frappant . Reporters sans frontières est alarmé par la violence de ces actes et affirme que ces événements sont une “représentation de l’attitude hostile des autorités guatémaltèques face aux médias de communication et, en particulier, aux radios communautaires » . Au moment de rédiger cet article, les installations de la radio Snuq’ Jolom Konob’ demeurent fermées. En contrepartie, la radio a trouvé la façon de continuer sa diffuser sa programmation en ligne.

 

Lorsque l’État ignore les demandes des communicateurs et communicatrices

 

Pour Maria Estela López Funes, avocate du cabinet des droits humains et responsable de la défense de plusieurs communicateurs de la radio Snuq’ Jolom Konob’, dans ce cas précis le droit d’informer et d’être informé a été violé. Elle mentionne que la Constitution Politique de la République du Guatemala garantie le droit des peuples autochtones à s’informer et à être informés, tout comme les Accord de Paix, la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et autres législations internationales. Selon l’avocate, le fond de l’histoire se retrouve dans la lutte sociale pour la préservation de l’environnement et de la ressource en eau qui a lieu à Santa Eulalia, à travers la résistance et contre le projet hydroélectrique. En plus elle mentionne que le système juridique guatémaltèque souvent ne répond pas aux demandes des défenseurs des droits humains, ni aux demandes des communicateurs, et qu’il existe déjà un grand problème de criminalisation des luttes sociales. « L’État criminalise les luttes sociales. Pourquoi? Parce que ces leaders sont un dérangement et constituent une barrière aux intérêts de l’oligarchie, dans certains cas on a complètement éliminé les leaders communautaires ou on les garde détenus. Pourquoi? Pour faire taire leur voix et que personne jamais ne soit mis au courant de leurs réclamations”.

 

De plus, la legislation qui régule les activités des médias défavorise les médias communautaires. En effet, en 2012, le Congrès a fait appouver la réforme de la Loi Générale des Télécommunications, qui a consolidé la force du paysage médiatique, a renforcé la position des médias d’information qui possédaient déjà une concession de fréquences, mais qui a régulé la situation des médias de communication communautaires; malgré que le rapport de la CIDH de 2011 dont un document spécial sur la liberté d’expression a réitéré sa recommandation au Gouvernement du Guatemala pour la promotion égalitaire des conditions et de la non discrimination, de l’accès aux fréquences et aux licenses de radio et de télévision de différents groupes disctincs et de régulariser la situation des médias communautaires selon leurs modalités technologiques. En n’offrant aucune protection légale aux médias de communication communautaires, l’État les laisse dans une situation de vulnérabilité, courrant le risque d’être fermés ou encore qu’ils voient leur équipement confisqué .

 

La communication populaire: un outil pour l’empowerment

 

Malgré toutes les menaces et répressions souffertes par les communicateurs communautaires, il demeure une volonté ferme de conscientiser les générations futures sur les problématiques sociales vécues par les communautés autochtones, comme de les former sur le travail de communication communautaire. C’est pour cette raison que la UVOC et la CCCND ont développé un programme de formation sur la communication populaire avec les jeunes Q’eqchis’, Poqomchi’, Achi’ et Ch’orti’ respectivement. Ces écoles servent à ce que les communautés soient outillées et qu’à long terme, “les membres des communautés fassent leurs propres nouvelles, aient leurs médias, qu’ils prennent possession des medias » . Par exemple, la UVOC organise plusieurs écoles de communication pour les jeunes, ou l’on enseigne ce qu’est la communication, les différences entres communication populaire et communication commerciale, qui sont les propriétaires des médias d’information dominants, les droits des communicateurs, tout comme d’autres aspects techniques. De plus, on y travaille la pensée critique pour que les jeunes apprennent à questionner les idées préconçues, puissent poser un jugement adéquat devant les situations d’injustice vécues dans leurs communautés et à créer des débats constructifs qui les aident à comprendre le contexte politique. Ainsi ils construisent leur propre discours politique, afin de ne pas simplement reproduire les discours des médias dominants . Pour toutes ces raisons, la lutte pour promouvoir les changements structurels constitue une partie intégrale du travail de communication communautaire, tout comme l’illustre Rony Morales lorsqu’il affirme qu’un défi de la UVOC est de “voir de quelle façon, avec la communication, l’on peut récupérer plus de terres, récupérer des territoires sans qu’il ne s’engendre une lutte armée, mais plutôt une de paroles, de dire et de voir que les nations q’eqchi’ et poqomchi’ sortent de ce colonialisme toujours existant” .

 

Ce texte a initialement été publié dans le bulletin 34 de PBI-Guatemala

 

Centros Civitas es el centro de una alianza de organizaciones trabajando con medios de comunicación en asuntos de derechos sociales y humanos en Guatemala.
http://observacom.org/panorama-de-la-concentracion-de-la-propiedad-de-los-medios-en-guatemala/, consultado el 10.09.2015
Ibidem.
La situación ha permanecido crítica durante la primera mitad del año 2015 con el asesinato de tres periodistas en marzo, en el departamento de Suchitepéquez. Ver: https://www.ifex.org/guatemala/2015/03/16/villatoro_killed/es/
Reporteros sin Fronteras, “Guatemala – Clasificación mundial de la libertad de prensa 2015”, index.rsf.org/#!/index-details/GTM, consultado el 03.09.2015
Traduction libre de : “a la par del pueblo, trabajan para el pueblo y con el pueblo, hablan de cosas de interés para las comunidades. Se comunican con las comunidades en su propio lenguaje, en su propia cultura, en su propia cosmovisión’’.
Entrevista a Norma Sancir, realizada por PBI el 13 de julio de 2015, Ciudad de Guatemala.
Traduction libre de : “medios masivos corporativos son medios financiados y gestionados por empresarios”
Entrevista a Norma Sancir, Cit.
Traduction libre de : “Los medios de comunicación son lugares del conflicto social en tanto son uno de los espacios privilegiados de la batalla cultural.
“La revolución es un sueño eterno”, Revista Cara y señal, número 3, 2005, citado por COMPPA, “Introducción a la comunicación popular y la radio comunitària – Mólulo 1 y 2”, 2012, p.111-112.
Traduction libre de : “todas las personas que están haciendo comunicación comunitaria desde las comunidades y para las comunidades, informando la verdad y defendiendo la libertad de expresión, están siendo criminalizadas, censuradas y amenazadas por decir la verdad’’.
Ibidem.
Ver PBI, Alerta «Creciente cierre de espacios para la defensa de derechos humanos: Central Campesina Campesina Ch’orti’ Nuevo Día y las Doce Comunidades Kakchikeles de San Juan Sacatepéquez», Guatemala, octubre 2014: Ver: http://www.pbi-guatemala.org/
Entrevista a Norma Sancir, Cit.
Traduction libre de : ha trabajado en beneficio de la comunidad para transmitir, tanto las necesidades del pueblo, como para difundir cultura” .
«Reprimen a la radio comunitaria Snuq Jolom Konob en Guatemala», Reporteros sin Fronteras, 26.03.2015, http://es.rsf.org/guatemala-reprimen-a-la-radio-comunitaria-26-03-2015,47733.html
Comunicado de la Radio comunitaria Snuq’ Jolom Konob’ de Santa Eulalia, Huehuetenango. 30.01.2015. https://comunitariapress.wordpress.com/2015/01/30/comunicado-de-la-radio-comunitaria-snuq-jolom-konob-de-santa-eulalia-huehuetenango/
Entrevista a Lorenzo Mateo Francisco, Cit.
Ibídem.
Reporteros sin Fronteras, 26.03.2015, Op. Cit.
Entrevista a María Estela López Funes realizada por PBI el 21 de agosto de 2015, Ciudad de Guatemala
«Reprimen a la radio comunitaria Snuq Jolom Konob en Guatemala», Reporteros sin Fronteras, 26.03.2015, http://es.rsf.org/guatemala-reprimen-a-la-radio-comunitaria-26-03-2015,47733.html
Entrevista a Rony Morales, Cit.
Ibídem.
Según el diccionario de la Real Academia de la Lengua Española (RAE): «Sistema de explotación de las tierras por medio de colonos».
Entrevista a Rony Morales, Cit.

LA PARTICIPATION DE LA FEMME AUTOCHTONE DANS LES RÉFORMES CONSTITUTIONNELLES AU GUATEMALA

 

Au Guatemala, plusieurs systèmes de justice propres aux peuples autochtones coexistent. On trouve le système maya, le xinka ainsi que le garifuna, et ce, en plus du système de justice ordinaire. Ce dernier définit le cadre du dialogue national pour les réformes constitutionnelles en matière de justice et détermine donc si la participation de la femme dans ces processus peut être visibilisée.

 

L’association Abogados y Notarios Mayas de Guatemala NIM AJPU, formée de professionnels des sciences juridiques et sociales, est une référence en terme d’actions qui contribuent à socialiser, informer et former la population sur le pluralisme juridique. Dans le processus des réformes constitutionnelles, cette organisation accompagne les autorités autochtones du pays dans leur participation dans les tables de dialogue et de débat au niveau régional et national qui ont terminé avec la présentation d’une proposition aux trois organismes de l’État; l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

 

Selon l’avocate Saknicte Racancoj Sierra, de l’association des avocats Nim Ajpu, ce processus consistait en un espace où les autorités ancestrales, ont exprimé devant différents secteurs de la société, validité et la façon de faire de la justice propre aux peuples autochtones sur leurs territoires. Système qui est d’ailleurs pratiqué depuis des temps ancestraux, donc bien avant l’apparition de la justice ordinaire telle qu’on la connaît. Lors des tables de débats, l’emphase a été mise sur l’article 203 de la Constitution guatémaltèque qui parle de la reconnaissance du pluralisme juridique.

 

“En tant que femme, autochtone et avocate, ça n’a passé té facile de faire connaître la coexistence des systèmes juridiques autochtones et du système ordinaire” commente la maître Racancoj. Il y a beaucoup de professionnels du droit qui n’approuvent pas le droit autochtones. En effet, dans la formation académique des juristes, on ne présente que le système de justice le plus connu, soit le système ordinaire qui se trouve dans les normes imposées par l’État. C’est à travers les litiges que la Cour de constitutionnalité accordé une certaine reconnaissance aux autorités autochtones dans la jurisprudence de l’État guatémaltèque. Elle conclue en affirmant qu’ “en tant qu’avocate, je dois utiliser les outils de l’État pour défendre les droits des peuples autochtones”.

 

Dominga Vásquez, ancienne mairesse de la mairie autochtone de Sololá, nous partage qu’une aussi faire appliquer la justice. “Chaque peuple en accord avec son territoire a la responsabilité de choisir des autorités, qu’elles soient hommes ou femmes. C’est la communauté qui propose et choisit celle ou celui qu’elle considère comme étant adéquat pour montrer l’exemple et qui peut appliquer la justice”. La personne qui applique la justice, dans le système propre aux peuples, cherche à réconcilier, réparer à travers les diverses étapes du dialogue, de la consultation et du consensus.

 

Pour la représentante de l’association et l’ancienne mairesse de la mairie autochtone de Sololá, le processus des réforme a pour but que l’État et la société reconnaissent un système propre aux peuples autochtones, tout en visant le renforcement du système juridique ordinaire, afin de réellement contribuer à la construction d’un meilleur pays.

 

Pendant que débats autour des réformes continuent dans le congrès de la République, les autorités autochtones et l’association d’avocats continueront de réaliser des actions afin que le pluralisme juridique au Guatemala sorte du silence.

Quels sont les enjeux pour lesquels tu milites et de quelle façon t’y prends-tu?

 

Je milite pour les droits des peuples autochtones, la liberté d’expression et les droits économiques, sociaux et culturels.

 

Je suis journaliste communautaire, je fais de la communication dans les communautés pour parler des droits des peuples autochtones, de la défense et de la protection du territoire ainsi que des violations des droits humains. J’accompagne des défenseur-e-s qui défendent les droits des communautés autochtones.

 

As-tu déjà été criminalisée en raison de ton travail?

 

Oui, comme je ne suis pas journaliste pour un grand média de communication, j’ai été criminalisée, mon droit à la liberté d’expression et de presse a été violé . En effet, j’ai été enfermée par la Police nationale civile au moment où j’allais couvrir la violente éviction forcée des communautés maya ch’orti’ qui manifestaient pour l’approbation de lois en faveur des peuples autochtones de la région orientale du Guatemala.

 

Quels sont les principaux défis d’être une femme et de travailler en tant que journaliste communautaire?

 

Il faut constamment lutter contre le machisme, la discrimination, l’individualisme, la censure, l’autocensure, le manque de ressources pour les couvrir les événements et le fait qu’il manque d’espaces pour publier et diffuser de l’information librement.Il faut également diminuer les stéréotypes qui pèsent sur celles qui font de la communication dans les communautés en cherchant les espaces pour publier librement et sans censure.

 

Celles qui font de la communication communautaire et contribuent aux médias alternatifs sont les plus vulnérables. L’académie qui forme les journalistes va jusqu’à nier leur existence simplement parce qu’qu’elles ne travaillent pas pour de grandes entreprises médiatiques. Un des grands défis est donc de faire respecter la liberté d’expression et de presse tout en se détachant de ces grands médias professionnels. Cette problématique est devenue une motivation pour faire de la communication communautaire.

 

Peux-tu nous parler de la situation des médias alternatifs au Guatemala?

 

Actuellement, les médias alternatifs qui sont nés sous les deux derniers gouvernements ont acquis beaucoup de valeur et d’importance dans les communautés, puisque les grands médias de commerciaux ne publient rien pour les communautés sous prétexte que cela ne génère pas suffisamment de profits. Le thème des peuples autochtones et des de la protection de leurs droits n’entre pas dans leurs agendas et c’est pour cette raison que les médias alternatifs ainsi que les radios communautaires font autant d’effort pour couvrir ces sujets et informer les gens sur ces enjeux. Toutefois, cela constitue un défi. La nécessité des peuples à être plus informée est encore très présente. Beaucoup d’efforts sont déployés pour mettre sur pied des formations de communicateurs communautaires afin que les communautés puissent créer leurs propres réseaux de communications collectifs et, ainsi, partager leurs nouvelles avec les médias alternatifs qui gagnent de plus en plus de lecteurs et d’appui.

 

Y a-t-il beaucoup de médias de communication qui montrent la réalité des communautés et des peuples autochtones? Si oui, quels sont les défis auxquels ils font face?

 

Oui, il y a plusieurs médias alternatifs de radio, télévisés ou webs. Ils sont majoritairement formés par des collectifs, des militants ou des bénévoles. Il est important de noter que les médias commerciaux, quant à eux, informent et existent grâce aux ressources économiques qui proviennent de la publicité et des commandites.

 

Pour les médias alternatifs, le manque de financement constitue un énorme problème. Les médias digitaux et alternatifs n’arrivent pas à rejoindre autant de lecteurs que les grands médias. Ensuite, les médias alternatifs sont stigmatisés parce qu’ils informent et enquêtent sur des sujet qui touchent la défense des territoires et des droits des peuples autochtones. Bien qu’il s’agisse d’un défi, le fait de toucher ces thèmes constitue également une force. Par exemple, les radios communautaires peuvent informer les gens dans les langues locales des communautés. Ensuite, les médias webs alternatifs n’ont pas de compte à rendre à des entreprises. Ils prônent la communication libre, mais doivent trouver des façons de rejoindre plus de gens.

 

Quelle est la dynamique entre les médias de communication alternatifs et les grands médias commerciaux du Guatemala?

 

Les médias commerciaux sont monopolisés, la télévision est ouverte, les radios qui couvrent tout le pays appartiennent à ceux qui détiennent les ressources financières, ceux qui ont un agenda politique qui montre l’actualité politique et ce qu’on appelle les notes rouges, c’est-à-dire les morts et les accidents. En revanche, la couverture des actions politiques réalisées par les communautés rurales ou les peuples autochtones sont courtes et très rares. Lorsqu’on en parle, on ne mentionne que les manifestations et on les mentionne comme étant des éléments de perturbation pour le reste de la société. Il y a beaucoup de censure en raison de leurs politiques de diffusion.

 

Pour leur part, les médias alternatifs rendent leurs comptes aux communautés, présentent les problématiques qui les touchent ainsi que leurs actions socioculturelles et politiques. Pour le moment, il n’y a qu’un canal qui diffuse des nouvelles sur les mouvements sociaux, les peuples autochtones et les organisations sociales qui défendent leurs droits et exigent que l’État remplisse ses obligations en la matière.

Visionnez cette capsule qui parle de la criminalisation des journaliste communautaire au Guatemala:

¡Soy periodista, soy periodistas!

Nuevo cortometraje sobre la detención arbitraria en Guatemala: ¡Soy periodista, soy periodista!

Norma Sancir, periodista comunitaria narra la experiencia que vivió cuando hacía una cobertura durante una manifestación pacífica, organizada por grupos campesinos e indígenas Chorti´ en el puente Jupilingo. Ahí fue detenida arbitrariamente por más de 10 agentes de la Policía Nacional Civil que, sin mediar palabra, la sacaron a empujones y maltratos por la montaña, de manera que no hubiera testigos del agravio que recibía.

Las peripecias vividas por Norma, desde que es llevada a una subestación de la policía, fue trasladada al menos a tres lugares antes de dar su primera declaración ante un juez, hasta que por fin recobró su libertad. Esto es algo que nunca olvidará.

En América Latina la población organizada ha sido sujeta de persecución penal, encarcelamiento y criminalización por reclamar sus derechos humanos más elementales. La libertad de expresión también ha sido limitada, especialmente para quienes documentan y cubren hechos que tocan los intereses de sectores de poder.

Este proyecto es una colaboración entre la Unidad de Protección a Defensoras y Defensores de Derechos Humanos de Guatemala – UDEFEGUA y Prensa Comunitaria.

www.UDEFEGUA.org
www.PrensaComunitaria.org

Posted by Prensa Comunitaria on jueves, 27 de abril de 2017