Assassinat de Jeremy Barrios, 22 ans

Le meurtre d’un jeune assistant d’une organisation environnementale témoigne des risques croissants que courent les défenseur-e-s des droits humains

15 novembre 2015

(Ottawa/Toronto/Vancouver/Reno/Washington/Guatemala)

Plusieurs organisations d’Amérique du Nord sont consternées et profondément troublées par l’exécution de Jeremy Abraham Barrios Lima, assistant du directeur du Centre d’action légale, environnementale et sociale du Guatemala (CALAS) et âgé de 22 ans. Les événements se sont déroulés samedi dernier à Ciudad Guatemala.

Un groupe d’organisations juridiques, environnementales et sociales canadiennes et américaines ainsi que des réseaux de solidarité ont exprimé publiquement leurs condoléances auprès de la mère et des deux jeunes sœurs de la victime. De plus, ils sont profondément inquiets par la sécurité et la poursuite du travail de CALAS ainsi que les communautés affectées par l’industrie minière qui collaborent avec l’organisation. Nous ne pouvons nier la signification de ce meurtre brutal dans le contexte d’un climat de violence croissante à l’endroit des défenseur-e-s du territoire et de l’environnement, des journalistes et des citoyen-e-s impliqué-e-s dans d’importantes luttes environnementales et de justice sociale dans le pays et la région.

Jeremy Barrios a été cruellement assassiné par des assaillants inconnus, de deux balles à la tête pendant qu’il faisait des courses dans la zone 4 de Ciudad Guatemala. Il était en charge de gérer de l’information délicate à CALAS et n’avait pas reçu de menace ou d’avertissement avant l’attaque. Aucun de ses biens personnels n’ont été volés. Son meurtre a été interprété comme un message direct s’adressant au directeur et au personnel de CALAS. Le motif précis de l’assassinat reste inconnu à ce jour.

« Cette attaque contre l’organisation de nos collègues est un terrible choc et la suite troublante des menaces et de la brutalité à l’endroit des défenseur-e-s des droits humains et de l’environnement partout au Guatemala. » Rafael Maldonado, le directeur légal de CALAS, était présent avec nous à Vancouver, il y a deux semaines seulement, pour appuyer des Guatémaltèques victimes de violence liée à l’industrie minière. Nous demandons une enquête complète sur les auteur-e-s matériel-le-s et intellectuel-le-s de ce meurtre ainsi qu’une protection pour CALAS et son personnel,» a remarqué Mark Eisenbrandt, le directeur légal du Centre canadien pour la justice internationale (CCIJ).

« Nous sommes exceptionnellement préoccupés par la sécurité et le travail d’organisations comme CALAS et des communautés affectées par l’industrie minière à travers le pays. Selon notre récente étude, le Guatemala est l’endroit où l’on trouve le plus haut taux de violence physique en lien avec les projets de compagnies minières canadiennes », a affirmé Leah Gardner du Projet pour la justice et la responsabilité corporative (JCAP) à l’école de droit Osgoode Hall.

Le rapport de JCAP, The ‘Canada Brand’: Violence and Canadian Mining Companies in Latin America, a été publié le 24 octobre 2015 et s’est attardé sur les incidents de violence et de criminalisation en relation avec 28 compagnies canadiennes dans 13 pays en Amérique latine de 2000 à 2015. JCAP a conclu qu’au moins 44 personnes ont été assassinées pendant cette période, dont 30 étaient des meurtres ciblés. De plus, 400 personnes ont été blessées, excluant des blessures reliées au travail. Aussi, plus de 700 personnes ont été poursuivies en justice, incluant des arrestations et des détentions, en raison de leur travail pour la défense de leurs territoires, leurs moyens de subsistance, leur santé et leur environnement.

« La situation pour les défenseurs du territoire et de l’environnement au Guatemala et en Amérique latine devient de plus en plus dangereuse. Il est absolument urgent que le gouvernement canadien réponde aux demandes que 180 organisations latino-américaines, incluant CALAS, ont envoyé dans une lettre au premier ministre canadien Justin Trudeau, il y a plus de six mois, dans le but de prendre des mesures pour prévenir des problèmes systémiques ainsi que s’assurer que les personnes affectées et leur communautés aient accès à la justice pour combattre les nombreux préjudices subis », a répondu Lisa Rankin du réseau de solidarité Breaking the Silence Maritimes-Guatemala.

Entre autres choses, la lettre au premier ministre Trudeau appelle à des mesures pour assurer le respect des décisions de nombreuses communautés, tant autochtones que non-autochtones, qui ont refusé des projets d’exploitation minière de grande envergure en raison des impacts négatifs sur l’environnement et leur bien-être. Elle exige également que des moyens soient mis en place pour assurer un accès réel aux cours de justice canadiennes. Seulement au Guatemala, environ un million de personnes ont voté contre des projets miniers sur leur territoire en raison d’expériences négatives d’autres communautés concernant des projets canadiens, telles la mine Marlin de Goldcorp et la mine Escobal de Tahoe Resources.

«En réponse à cette attaque meurtrière et dévastatrice ainsi qu’aux profondes appréhensions liées à la militarisation persistante et aux menaces contre les défenseurs du territoire et de l’environnement au Guatemala, nous voulons réitérer notre engagement à construire une solidarité plus forte que jamais. À partir des organisations aux États-Unis et au Canada, nous appuierons nos partenaires guatémaltèques dans leur travail indispensable pour des communautés et des environnements sains » a souligné Ellen Moore de l’Alliance pour le leadership progressif du Nevada (PLAN).

Amnesty International Canada, Breaking the Silence Maritimes-Guatemala Solidarity Network, the Canadian Centre for International Justice (CCIJ), the Center for International Environmental Law (CIEL), le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), the Guatemalan Human Rights Commission (GHRC), the Justice and Corporate Accountability Project (JCAP), KAIROS: Canadian Ecumenical Justice Initiatives, the Mining Injustice Solidarity Network (MISN), MiningWatch Canada, the Network in Solidarity with the People of Guatemala (NISGUA), the Progressive Leadership Alliance of Nevada (PLAN), Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG),the Public Service Alliance of Canada (PSAC), and United for Mining Justice have released this as a joint statement.

 

Contacts:

• Matt Eisenbrandt, Canadian Centre for International Justice (CCIJ), (604) 569-1778, meisenbrandt(at)ccij.ca

• Leah Gardner, Justice and Corporate Accountability Project (JCAP), (514) 267-8542 lgardner(at)justice-project.org

• Lisa Rankin, Maritimes-Guatemala Breaking the Silence Network, btscoordinator(at)gmail.com

• Ellen Moore, Progressive Leadership Alliance of Nevada (PLAN), (775) 348-7557, emoore(at)planevada.org