Solidarité avec les défenseurs criminalisés de Huehuetenango

Action urgente réalisée pour les prisonniers politiques de Huehuetenango à l'automne 2015

Don Jorge Eduardo De León Duque,
Procuraduría de los Derechos Humanos, (PDH),
12 Avenida 12-72, zona 1, Ciudad de Guatemala,
E-mail: gmasariegos@pdh.org.gt

Votre excellence,

Le 11 septembre 2015, les défenseurs des droits humains Saúl Méndez et Rogelio Velásquez ont comparu devant le Tribunal de sentence pénale de crime de féminicide et d’autres formes de violence contre la femme de Quetzaltenango pour une cinquième audience contre leur personne. Le procès a commencé le 1er septembre 2015 et continuera jusqu’au 28 octobre, et les accusés soutiennent qu’ils sont innocents.

Saúl Méndez y Rogelio Velásquez sont des défenseurs des droits humains de Santa Cruz Barillas, Huehuetenango, dans l’Ouest du Guatemala, qui travaillent pour empêcher l’implantation d’une centrale hydroélectrique par l’entreprise espagnole Hidro Santa Cruz sur le territoire de la communauté autochtone maya Q’anjob’al. Cette compagnie a été accusée d’avoir employé des personnes reliées à l’armée, aux paramilitaires et au crime organisé en tant qu’agents de sécurité privée, dont une partie est soupçonnée d’avoir participé à des agressions physiques, des menaces et des assassinats. Un processus de consultation, durant lequel 40 000 résident-e-s de Santa Cruz Barillas ont exprimé leur opposition au projet, a eu lieu en 2007 et est ignoré jusqu’à ce jour. Saúl Méndez y Rogelio Velásquez ont fait office de leaders locaux pour faire connaître le désaccord de la communauté avec le méga-projet, dont ils disent qu’il leur être imposé de force, avec la coopération des forces de sécurité de l’État. De plus, ils ont dénoncé plusieurs violations des droits humains et environnementaux qui ont eu lieu dans le processus du développement du projet.

Saúl Méndez y Rogelio Velásquez sont détenus de pair avec les défenseurs des humains Arturo Pablo Juan, Sotero Adalberto Villatoro Hernández, Francisco Juan Pedro y Bernardo Ermitaño López Reyes, une situation que Front Line Defenders a déjà décriée. Nous avons aussi été informés que les défenseurs des droits humains Rigoberto Juárez Mateo, Domingo Baltazar, Fausto Sánchez Roblero, Lorenzo Ramírez Rodríguez, Alfonso Chilel Hernández y José Mauricio López Escobar sont sous détention préventive en raison de leur opposition aux activités de Hidro Santa Cruz. Dans tous ces cas, l’accusation est portée par Hidro Santa Cruz, que ce soit de manière directe ou indirecte au travers de ses associés.

Saúl Méndez y Rogelio Velásquez ont été détenus le 27 août 2013 sur la base d’accusations non-fondées d’homicide et de féminicide pour des événements qui ont eu lieu en 2010. Malgré le fait qu’il n’y ait aucune preuve suggérant leur implication dans ces événements, ils ont été condamnés à 33 ans de prison en novembre 2014. L’appel a été présenté par leurs avocats devant la Septième cour d’appel de Huehuetenango en mai 2015 et s’est conclu par l’annulation de la sentence ainsi que l’ordonnance d’un nouveau jugement. Cependant, ils n’ont pas été remis en liberté en raison de la gravité des charges portées contre eux.

Les défenseurs des droits humains ont été détenus à une occasion antérieure, le 2 mai 2012, avec 9 autres leaders communautaires accusés d’actes de terrorisme, d’incitation à la délinquance, de menaces et de coercition. Leur détention a été considérée comme arbitraire par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire. Ils ont été détenus pendant neuf mois, jusqu’au 9 janvier 2013, quand ils ont été remis en liberté, faute de preuves.

Cependant, les autres défenseurs des droits humains ont été obligés de confesser les charges moins sérieuses et ont été libérés sous caution. Saúl Méndez y Rogelio Velásquez ont de nouveau été arrêtés le 27 août 2013 alors qu’ils assistaient à l’audience finale d’un des procès contre les défenseurs des droits humains avec qui ils travaillaient conjointement.

Je suis profondément préoccupé-e par la détention arbitraire et les charges portées contre les défenseurs des droits humains, dont le travail est légitime et pacifique.

J’incite les autorités du Guatemala à :

1.      Relâcher immédiatement et inconditionnellement ainsi que de cesser toutes les procédures légales contre Saúl Méndez y Rogelio Velásquez, et tous les défenseurs des droits humains mentionnés plus haut, considérant qu’ils sont détenus uniquement comme le résultat de leur travail légitime et pacifique pour la défense des droits humains;

2.      S’assurer que tous les procès menés contre les défenseurs des droits humains se conforment aux standards internationaux.

3.      Garantir dans toutes les circonstances que les défenseur-e-s des droits humains aux Guatemala soient en mesure de mener leurs activités légitimes liées aux droits humains sans peur de représailles et libérés de toute restriction.

Sincèrement, (signature)