2014, l’année la plus violente pour les défenseur-e-s des droits humains

Synthèse du rapport 2014 de l'UDEFEGUA (L’Unité de protection des défenseur-e-s des droits humains au Guatemala)

Introduction

« Je suis Défenseur-e  des droits humains » telle est la devise de l’UDEFEGUA (L’Unité de protection des défenseur-e-s des droits humains au Guatemala)  pour l’année  2015. Avec cette devise, l’UDEFEGUA souhaite redonner ses lettres de noblesse à la fonction de défense des droits humains dans une société qui criminalise chaque jour un peu plus les efforts des groupes de femmes et d’hommes qui risquent leur vie au quotidien pour la sauvegarde de l’environnement et des ressources naturelles, l’accès à l’éducation, le droit du travail, l’accès à la justice, la mémoire historique ,l’accès à l’information, la promotion de l’égalité femme homme, les droits sexuels  et reproductifs et bien d’autre causes encore.

L’année 2014 fut incontestablement l’année la plus violente à l’encontre des personnes et des organisations qui défendent et promeuvent les droits humains. La vague de violence à leur encontre a connu une augmentation constante depuis l’année 2013, quand l’opposition à la réalisation du jugement pour Génocide s’est transformée en une alliance entre les acteurs gouvernementaux (incluant la présidence), les secteurs entrepreneurials liés à l’agroalimentaire et l’industrie minière, les groupes d’extrême droite et les groupes d’ex-militaires  compromis dans de graves violations des droits humains.  Cette alliance a été le fondement de plusieurs pactes d’impunité incluant une stratégie de criminalisation et de limitation de la liberté d’expression.

Le rapport de l’UDEFEGUA revient entre autre sur le fait que ce soit des personnes proche du pouvoir en place qui ont été sélectionnés pour prendre la relève de  Claudia Paz y Paz la procureure générale du Guatemala qui est reconnue internationalement pour son travail dans la lutte contre la criminalité organisée et qui a notamment participé au  procès de Rios Montt pour génocide. La nomination d’un procureur général proche du pouvoir serait un désastre pour les défenseur-e-s des droits humains qui verraient leur droit à une justice équitable totalement bafouée.

Le travail de l’UDEFEGUA en 2014

Pour l’année 2014, l’UDEFEGUA a apporté son soutien dans 34 cas de situations crises impliquant des défenseur-e-s des droits humains qui du fait de leurs actions ont vu leur sécurité personnelle menacée.

L’UDEFEGUA a également apporté son assistance dans 64 cas où des agressions physiques et psychologiques ont entrainés la nécessité d’appui émotionnel.

95 ateliers d’analyse de risques et de plans de sécurité ont également été organisés par l’UDEFEGUA en partenariat avec d’autres organismes durant l’année. Ces ateliers ont permis d’appuyer 1850 défenseur-e-s des droit humains pour leur permettre d’identifier les menaces et pour qu’ils puissent prendre les précautions de prévention nécessaires. 

En 2014, l’UDEFEGUA a reçu 940 plaintes dont 13,40% ont été rejetés parce qu’elles n’étaient pas liées à  la défense des droit humains

2014, l’année la plus violente pour les défenseurs des droits humains

Par ailleurs, pour en revenir sur la question des  agressions à l’encontre des défenseur-e-s des droits humains, l’UDEFEGUA en a comptabilisé 4536 durant les 15 dernières années. L’année 2014 a été la plus violente pour les défenseur-e-s des droits humains avec une augmentation de 23,5% par rapport à l’année 2013.

C’est dans le domaine de la défense de la terre et du territoire qu’ont eu lieu le plus de conflit depuis une quinzaine d’années du fait du grand nombre d’agressions à l’égard des défenseur-e-s de l’environnement, des paysans et des populations autochtone. 

Les méthodes d’agressions les plus souvent utilisés au cours de ces 15 dernières années sont les dommages à la propriété, les détentions illégales, la diffamation et l’intimidation.

Les départements où ont eu lieu le plus d’agressions sont ceux de Guatemala, de l’Alta Verapaz et de San Marcos qui comptabilisent à eux trois 2738 cas ce qui correspondent à 67,32% du nombre totale d’agressions.

Au cours des 15 dernières années, les défenseurs agressé ont été à  56,23% des hommes, à 30,90% des femmes et à 12,86% des institutions.

Finalement pour toute la période allant de 2000 à 2015 l’UDEFEGUA a comptabilisé 174 meurtres de défenseur-e-s des droits humains dans lesquels il y a des preuves que l’assassinat avait un mobile politique. 

Analyse de l’année 2014

 En 2014, c’est le mois de mai qui a été le plus critique pour les défenseur-e-s des droits humains avec 440 agressions à leur encontre. C’est lié au fait que c’est durant ce mois qu’il y a eu le plus grand nombre d’agression à l’encontre des participants au Mouvement de Résistance Pacifique de la Puya. Le mois de mars  se caractérise également par 159  cas d’agressions. Cela est dû au fait  d’agressions spécifiques à l’encontre des communautés de Samanzana, de Coban et de l’Alta Verapaz.

Concernant les départements les plus touchés par ces agressions en 2014, celui de Guatemala continue à comptabiliser le nombre le plus important d’agressions avec 528 cas ce qui représente 64,86% de la totalité des cas. Il est suivi par ceux de l’Alta Verapaz et de Huehuetenango qui en comptabilise respectivement 207 et 17.

Pour 2014 ce sont les défenseurs de l’environnement qui ont subis le plus d’agressions. Ils comptabilisent à eux seuls 510 agressions ce qui représente 62,65% de la totalité des agressions.

 L’année 2014 se caractérise également par l’accroissement des agressions de femmes, lesquelles représentent  51,84% des cas d’agressions.

Les défenseurs qui promeuvent les droits économiques, sociaux, culturels, environnementaux et des peuples autochtones représentent 90% des cas d’agressions alors que ceux qui défendent les droits civils et politiques ne représentent que 5% de ces cas.

Les atteintes à la liberté et à la sécurité ont été les droits les plus  attaqués durant cette année et représentent 51,60% du total des agressions. Par ailleurs, les atteintes aux droits à la propriété représentent 25,92% des cas d’agressions.

L’intimidation et les dommages à la propriété constituent les agressions les plus récurrentes pour cette année 2014 ce qui représente respectivement 30,10% et 24,82% des cas d’agressions. Il est à noter que malheureusement  durant cette année 6 défenseurs et une défenseuse ont perdu la vie.

Enfin pour conclure, il est à souligner que les expulsions violentes de défenseur-e-s par des entrepreneurs ou des  agriculteurs constituent  83,90 % des agressions en 2014. Ces agressions ont eu lieu majoritairement dans  l’Alta Verapaz et sont dues à l'installation de méga-projets dans les communautés.

Accéder à l'intégralité du rapport (en espagnol)