«Qu’ils aillent se faire foutre» : Des preuves accablantes contre Tahoe Resources Inc. au Guatemala

Avis aux lecteurs-trices. Les propos relatés dans cet article sont aussi véridiques qu’ils sont révoltants par la haine et le racisme qui les motive. Malheureusement, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de la violence du modèle extractif qui prévaut actuellement dans le monde : une majorité d’entreprises enregistrées au Canada, imposant trop souvent des projets polluants auxquels les populations n’ont pas consenti, en totale violation de plusieurs droits humains. Le cas du projet minier Escobal de la compagnie Tahoe Resources au Guatemala, qui a provoqué la résistance des populations environnantes au cours des dernières années, connaît une actualité mouvementée, dont voici l’une des facettes.

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Par Mélisande Séguin,

accompagnatrice du PAQG au Guatemala (mai 2014 à juin 2015)

L'entreprise minière canado-américaine Tahoe Resources fait présentement face à la justice pour la fusillade du 27 avril 2013 effectuée par ses agents de sécurité contre des membres de la résistance pacifique au projet minier El Escobal. Le cas a été présenté devant la Cour Suprême de Colombie Britannique le 18 juin 2014, et la première audience au Canada a eu lieu le 8 avril 2015 dans la même instance. Le procès est mené par sept hommes qui ont été blessés lors de la violente attaque de 2013. L'entreprise est accusée d'avoir expressément et implicitement autorisé Alberto Rotondo, chef de la sécurité privée de la mine à l'époque, ainsi que le reste du personnel de sécurité  à user d'une force excessive contre des protestants pacifiques. Tahoe Resources est également accusée d'avoir été négligente dans la prévention de l'usage d'une telle violence. En plus du procès au Canada, un  procès est en cours au Guatemala contre Alberto Rotondo pour les mêmes événements.

Bien que le cas soit bien connu, l'un des éléments de preuves les plus importants du procès n'a été diffusé publiquement que le 7 avril dernier sur la page web Tahoeontrial et dans un article du journal Plaza Publica écrit par Luis Solano. Il s'agit de la transcription des écoutes téléphoniques de Rotondo que le Ministère public avait demandé deux semaines avant les événements d'avril 2013 en raison d'autres attaques qui avaient eu lieu à proximité de la mine.  Ces écoutes téléphoniques font partie des archives publiques du cas con Rotondo au Guatemala comme de celui contre Tahoe au Canada et ont été données à la Cour Suprême du Canada le 24 novembre 2014 par le vice-président de Tahoe Resources, Donald Paul Gray.

crédit: larepublica.pe

Dans les extraits, on entend l'ex chef de sécurité parler des événements avec un langage haineux qui montre clairement ses intentions face aux opposant-e-s du projet minier:

Oui, je les ai criblés de balles. Qu'ils aillent se faire foutre. Ils arrivent en crevant de faim. Qu'ils aillent gagner leur vie ailleurs, qu'ils se trouvent un travail, non?

Ils disent qu'il y en a un avec une blessure par balle au visage eh... Si ça leur explose en pleine face, c'est avec des balles qu'ils apprennent.

À d'autres moments, on peut témoigner de son intention à camoufler les faits:

Nettoyez les armes [...] nettoyez les bien, nous allons dire que ''rien n'est arrivé ici'' Il n'y a pas d'enregistrement. Vous avez compris? La version c'est: Ils sont entrés et nous ont attaqués. Nous on les a repoussés ok? [...]Les gens doivent se faire dire qu'ils n'ont pas à s'inquiéter, qu'ils viennent tous les jours pour nous attaquer, avec des machettes et des pierres et donc il fallait se défendre. Il y a, il y a des boucliers brisés là. Mais il faut en briser deux de plus pour qu'ils voient qu'ils nous ont attaqués.

 

Par la suite, on l'entend clairement expliquer à son fils de quelle façon il compte quitter le Guatemala après l'attaque afin d'éviter des embrouilles avec la justice:

Il y a eu des problèmes ici au Guatemala et il vaut mieux que je parte pour quelques temps, D'accord? J'ai botté le cul de plusieurs bâtards là-bas. lls peuvent aller au diable. Dans tous les cas c'est pour éviter des problèmes juridiques et tout ça.

Maudits chiens qui ne comprennent pas que la mine génère de l'emploi. Il faut se débarrasser de ces animaux. On ne peut pas permettre que les gens de la résistance s'établissent; On ne veut pas d'une autre Puya. Je suis allé tabasser  quelques fils de putes... et pour ne pas avoir de problème avec la justice, je vais devoir partir du Guatemala pour quelques temps

Grâce à cette dernière conversation il a été possible de d'arrêter Alberto Rotondo à l'aéroport de la ville de Guatemala le 30 avril 2013, puisqu'il avait mentionné toutes les informations de son vol à son fils. Toutefois, Rotondo n'est pas allé en prison même après avec commis ces graves violations des droits de l'homme et exprimé clairement le racisme et la haine qu'il ressent pour les populations locales. En effet, le juge lui a accordé des mesures substitutives et lui a permis de rester en arrestation à domicile.

Ces transcriptions ont été présentées pour la première fois dans une audience publique en mai 2013 au Guatemala où  Rotondo a été accusé de coups et blessures et d'obstruction à la justice. Au Canada, elles ont été remises à la Cour de Colombie Britannique en novembre 2014 et constituent un élément de preuve qui pourrait grandement influencer l'issue du procès.

Toutefois, dans la phase où se trouve actuellement le procès, il est impossible de déterminer s'il continuera au Canada ou s'il sera transféré au États-Unis ou au Guatemala. En effet, l'entreprise argumente que toutes les opérations de Tahoe Resources sont effectuées aux États-Unis et que les personnes impliquées dans le procès sont au Guatemala et donc que la Cour canadienne ne devrait pas être chargée du cas. Cette stratégie n'a rien d'étrange et constitue une tentative de ruiner les efforts des sept demandeurs en plus de gaspiller les ressources des organisations qui les ont soutenu.

En conclusion, le contenu de ces écoutes téléphoniques sont un outil indispensable pour la partie demanderesse mais représente aussi une preuve morale que le respect des droits humains n'a jamais été une priorité ni pour Tahoe Resources ni pour la firme engagée pour sa sécurité privée. Cela montre plutôt que cette entreprise préfère embaucher des individus violents et ayant un passé militaire afin de s'assurer que les besoins les plus essentiels du peuple guatémaltèque ne viennent surtout pas contrecarrer ses intérêts économiques privés, même si cela signifie de commettre des actes inhumains.




Tahoe on trial. 7 avril 2015. http://tahoeontrial.net/category/press-releases/

Solano, Luis, 7 avril 2015. http://www.plazapublica.com.gt/content/una-red-cuasi-militar-para-proteger-la-mina-escobal

Nisgua. 8 avril 2015. http://nisgua.blogspot.com/2015/04/how-pseudo-military-project-was-created.html

Resistencia pacifica El Escobal. 27 juillet 2013. http://resistencapacificaelescobal.blogspot.com/

ibid

 

Photo: LaRepublica.pe, février 2014