8 mars 2015 contre la militarisation

Éditorial, Laurence Guénette

Ce 8 mars 2015, journée internationale des femmes, des militantes du PAQG et de plusieurs autres groupes solidaires, communautaires, féministes, ont déployé une action symbolique à la Place Montréal Trust au centre-ville de ce qui demeure, ne l’oublions pas, un territoire Mohawk non-cédé. Des images et des messages furent dévoilés au rythme solennel des tambours des femmes des Premières Nations, pour dénoncer les effets de la militarisation et du militarisme sur les femmes dans le monde entier.

8 mars 2015

Photo: Pedro Ruiz, Le Devoir, galerie de photos.

La militarisation (une recrudescence de la présence et des opérations militaires) et le militarisme (une « culture », une idéologie militaire présente dans les sphères de pouvoir) sont la source de violences multiples pour les populations civiles en général, et particulièrement pour les femmes qui en subissent les impacts de façon plus prononcée, ou qui sont directement et délibérément ciblées par la violence de la guerre en raison de leur genre. La militarisation est bien entendu observable au cœur et en périphérie des conflits armés qui touchent tellement de populations à travers le monde; ses impacts sont visibles, palpables, choquants.

Dans la guerre. Par ailleurs, de nombreuses populations sont également aux prises avec ces phénomènes militaristes et les violations de droits humains qu’ils impliquent, alors qu’aucun conflit ouvert et reconnu ne fait rage. Dans la PAIX. De quelle paix parle-t-on? De cette absence de conflit, enrobée dans l’existence d’institutions et de procédures associées à la démocratie. De cette paix qui attire les investissements étrangers et rend le terrain propice à la signature de nouveaux accords de libre-échange. Car on nous l’a assez dit, les démocraties ne se font pas la guerre entre elles!

Le Guatemala et de nombreux autres pays d’Amérique latine sont aux prises avec une militarisation en pleine « paix » : les forces armées sont alors activement dévouées à aplanir toutes les oppositions qui pourraient faire obstacle aux intérêts de l’oligarchie nationale et à ceux des entreprises transnationales. Aurait-on oublié que l’armée est supposée protéger le pays des menaces extérieures, protéger ses frontières?

À moins, bien sûr, que l’on s’assure de définir un nouvel ennemi interne, rôle qu’a si bien endossé le péril rouge tout au long de la guerre froide… Toute communauté, organisation ou activiste défendant le droit de son peuple à l’autodétermination, à l’eau, à un environnement sain et à la vie est alors désigné comme un entrave au développement et à la « paix sociale » du pays, tant dans les discours médiatiques que dans les sphères de pouvoir – qui, dans plusieurs cas, ne méritent pas vraiment d’être distinguées l’une de l’autre. On assiste alors à la criminalisation et à la répression des défenseur-e-s de droits humains, notamment via la militarisation et le militarisme.

Depuis le moment où j’écrivis cet article sur la remilitarisation au Guatemala, tentant d’expliquer de quelle façon celle-ci sert la répression des résistances populaires, tout en étant justifiée par la lutte au narcotrafic, la tendance n’a fait que s’accentuer. Le Guatemala est un pays en paix, présidé par Otto Perez Molina, ex haut-gradé militaire impliqué dans des crimes de génocide contre les Maya Ixil durant les années 1980. Ai-je précisé qu’en 2014, près de 70 % des agressions et menaces ciblant les défenseur-e-s de droits humains provenaient de l’État guatémaltèque lui-même? Et que la violence sexuelle figure parmi les mesures de répression utilisées contre les femmes militantes? La paix n’est pas que l’absence de guerre.

Le Guatemala est un pays en paix, où la militarisation est employée pour imposer des mégaprojets extractifs, hydroélectriques et d’agro-exportations auxquels les populations n’ont jamais consenti. Les états d’exception ou de prévention, décrets limitant dangereusement les droits constitutionnels des personnes et élargissant la présence et les pouvoirs des forces armées, sont appliqués aux régions où les projets entraînent une résistance des populations réclamant le respect de leurs droits. On n’a qu’à penser récemment à Santa Cruz Barillas, San Juan Sacatepéquez ou San Rafael las Flores, où cette mesure de militarisation a permis à la compagnie minière canadienne Tahoe Resources de compléter la construction de ses infrastructures pour le projet Escobal.

Est-ce que j’avais précisé aussi que le Guatemala remporte la 11ème place sur le palmarès mondial des pays les plus inégaux, où la disparité entre une poignée d’oligarques et une masse de populations pauvres et exploitées, est la plus accentuée? La paix n’est pas que l’absence de guerre.

Hier à la place Montréal Trust, les militantes brandissaient des images et des messages dénonçant le militarisme; celui qui violente les femmes de Palestine, de Syrie, de plusieurs pays africains, celui qui violente les femmes dans des contextes de « paix », comme les femmes autochtones au Canada, les femmes du Guatemala, du Honduras.

Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche!

Suivez les nombreuses mobilisations dans le cadre de la Marche Mondiale des Femmes 2015, qui se multiplieront tant au Québec qu’au Guatemala, et dans des dizaines d’autres pays.