Procès de « l’incendie de l’ambassade d’Espagne » : une sentence inespérée et tant attendue de la part de toute la communauté Internationale.

Par Alice Mardelet Santamaria

Peu de temps avant le tragique incendie de l’Ambassade Espagnole qui a eu lieu le 31 janvier 1980 au Guatemala, les paysans du nord du Quiché s’étaient rendus à plusieurs reprises dans la capitale du pays pour exiger du gouvernement la fin de la répression au sein de leurs communautés mais malheureusement leurs revendications s’étaient toutes soldées par des échecs.

Rigoberta

De cette façon, face aux refus répétés des autorités d’entendre leurs dénonciations, les habitants du Quiché accompagnés d’étudiants ont voulu chercher des appuis diplomatiques et ont ainsi sollicité l’Ambassade espagnole. Dès lors, ils s’y présentèrent dans le but de faire connaître leurs revendications à toute la communauté internationale, ce qui déboucha sur la fin tragique que l’on connaît avec l’incendie de l’Ambassade d’Espagne où 36 personnes trouvèrent la mort brûlées vives. 

Les victimes de cet incident, qui étaient essentiellement des paysans et étudiants provenant du Quiché, cherchaient avant tout à dénoncer les violations des droits humains commises par les forces armées au sein de leurs communautés et surtout, ces individus étaient des protestataires pacifiques.

Cette tragédie, loin d’être le simple fruit d’un « accident », s’inscrit dans une stratégie contre-insurrectionnelle du gouvernement Guatémaltèque dans le but ultime de démanteler et supprimer tout groupe opposé au gouvernement. 

Le procès de « l’Incendie de l’ambassade d’Espagne » ouvert le 1er octobre 2014, presque 35 ans après les faits, revêt dès lors un caractère symbolique et emblématique tant pour la communauté Guatémaltèque que pour la communauté espagnole et internationale. Par ailleurs, ce procès avant d’amener son verdict final a suscité beaucoup de crispations et de tensions notamment du fait des différentes prétentions des parties au procès.

D’un côté, le ministère public et les parties civiles représentant les victimes ont affirmé que les forces policières, dirigées par Pedro Garcia Arredondo ex-chef du Commando 6 de l’ancienne Police Nationale, ont donné l’assaut à l’ambassade d’Espagne en ordonnant « que personne ne reste vivant ».

embajada

Pedro Garcia Arredondo demeure alors le principal accusé de l’affaire, tenu responsable du refus d’avoir secouru les personnes qui se trouvaient à l’intérieur, alors que c’était son devoir. Le ministère public a tenté de prouver durant le procès que les occupants de l’ambassade étaient des paysans venant uniquement dénoncer les massacres et les violations des droits humains perpétrés dans leurs communautés et qu’ils s’étaient trouvés face à un acte de barbarie et de crime de guerre perpétrés volontairement par Pedro Garcia Arredondo. 

De l’autre côté, la défense a insisté sans relâche sur l’innocence de Arredondo en soutenant que les preuves présentées n’étaient pas suffisantes et fondées pour prononcer une condamnation et qu’ainsi le ministère public n’était pas parvenu à prouver la culpabilité de l’accusé. Les avocats ont notamment essayé de mettre en relation l’occupation de l’Ambassade et les paysans du Quiché qui y étaient avec les guérillas qui s’opposaient à l’État au cours du conflit armé qui faisait rage à l’époque. Ils ont également poursuivi leur argumentation en supposant que les occupants se seraient immolés eux-mêmes par le feu.

A la suite de longs et houleux débats publics et oraux, les juges du Tribunal se sont prononcés sur la responsabilité de l’accusé en faisant état des considérations politiques qui entouraient les faits du procès. De cette manière en date du 19 janvier dernier, après 35 ans d’attente pour que justice soit faite, les juges du Tribunal de haut risque B (Tribunal de Mayor Riesgo B), ont clôturé l’audience afin de pouvoir délibérer et rendre leur verdict final sur cette affaire historique.

Dans son verdict tant attendu, le Tribunal a reconnu à l’unanimité la pleine culpabilité de Pedro Garcia Arredondo comme « responsable de l’assaut brutal contre l’ambassade en empêchant que les victimes soient secourues à temps ».

Pedro Garcia Arredondo a alors été condamné à 40 ans de prison pour le meurtre de 37 personnes, pour la tentative de meurtre de deux survivants de l’incendie et de crimes de guerre, ainsi qu’à 50 ans de prison pour la mort de deux étudiants universitaires qui participaient aux funérailles des victimes de l’incendie, ce qui totalise une peine de 90 ans de prison pour Pedro Garcia Arredondo.

Il va sans dire que les communautés guatémaltèque et internationale peuvent être fières de ce qui vient de s’accomplir en faveur de la justice et en mémoire aux victimes de ce terrible incendie. Cette décision constitue aussi une victoire de plus dans la colossale lutte contre l’impunité au Guatemala.

« ASFC est heureuse que justice ait enfin été rendue aux victimes. Comme l’a évoqué le Tribunal hier, cette décision est en quelque sorte l’eau qui éteint enfin le feu de l’impunité qui a continué à brûler toutes ces années. ASFC espère que le Guatemala continuera sur la même voie afin de mettre fin à ce climat d’impunité », affirme Me Pascal Paradis, directeur général d’Avocats Sans Frontières Canada.

 

Sources :

http://asfcanada.ca/fr/blogue/billet/proces-de-l-incendie-de-l-ambassade-d-espagne-le-tribunal-dictera-sa-sentence-le-19-janvier-2015/256

http://collectifguatemala.org/AJR-197

http://www.paqg.org/node/393

http://www.trial-ch.org/fr/ressources/trial-watch/trial-watch/profils/profile/3638/action/show/controller/Profile/tab/legal-procedure.html

http://www.prensalibre.com/noticias/justicia/sentenica-pedro-garcia-arredondo-embajada-espanola-rigoberta-menchu_0_1288071280.html