Nouvelles évictions dans la Vallée du Polochic

Par Orlane Vidal

Le 10 juillet dernier, plusieurs communautés de la vallée du Polochic, à l'est du Guatemala, ont fait face à une vague de tentatives d'expulsions forcées de la part des forces de l'ordre guatémaltèques.

 

Le premier épisode a eu lieu à 8h du matin, dans la communauté de Serocja, située dans le municipe de El Estor, département d'Izabal, au cours duquel une cinquantaine de familles, d'origine Maya Q'eqchi, ont subi un assaut mené par un contingent composé de 400 policiers. Ces derniers, accompagnés de représentants de la Compagnie Guatémaltèque de Nickel (CGN), qui dispute les terres des paysans formant les communautés prises pour cible, ont usé sans vergogne de méthodes répressives pour évincer les femmes, hommes, enfants et personnes âgées qui se trouvaient sur place. Les habitants des communautés visées occupent depuis plus d'un an les terres dont le CGN réclame la propriété.

 

L'une des victimes explique, dans le cadre d'un programme de radio communautaire, que les policiers ont brûlé les champs de maïs cultivés, des maisons et ont lancé des bombes lacrymogènes. Heureusement, des membres des communautés voisines alertées se sont rapidement mobilisés pour venir en aide à leurs comparses, permettant ainsi de repousser la violente offensive lancée par la police guatémaltèque.

 

Malgré tout, les forces de l'ordre dépêchées sur place ont immédiatement récidivé, se rendant ensuite dans les communautés voisines de Nabalijá et du Setal, où ils ont alors procédé à l'éviction de leurs logements de 80 familles dans la première, et d'une centaine de familles dans la seconde. L'usage de la force par les agents de police chargés de l'expulsion a laissé un bilan de plusieurs personnes blessées, lesquelles ont ensuite reçu des soins médicaux.

 

L'exécution d'expulsions violentes est loin d'être un phénomène nouveau dans la région. La problématique de l'accès à la terre y est endémique; en 2011 déjà, en l'espace de 3 jours, 732 familles avaient déjà été contraintes d'abandonner leurs maisons par la Police Nationale Civile guatémaltèque, laissant le lourd bilan de plusieurs dizaines de personnes blessées et tuées.(1) Les conflits agraires se sont multipliés ces dernières années, dans la région opposant d'un côté des groupes industriels spécialisés dans la monoculture de la palme africaine, du sucre ou encore l'exploitation de ressources naturelles telles que le nickel, et de l'autre des jeunes familles de paysans tentant de subsister des produits de l'agriculture. Face au processus de concentration  et d'accaparement inégal de la terre, ces derniers ont répondu par des occupations des terres cultivables, créant de nouvelles communautés, dans une tentative de se saisir de leurs droits d'accès à la terre et à l'alimentation. Les terres occupées par ces familles sont ainsi très jalousées par les industriels qui aimeraient voir continuellement leur part du gâteau augmenter.

 

Les victimes de ces expulsions arbitraires, soutenues par la Fondation Guillermo Toriello (FGT), dénoncent les violations de leurs droits fondamentaux, telles que l'accès à la terre, le droit à l'alimentation et l'atteinte de leur intégrité physique, preuves évidentes des manquements aux principes fondamentaux de l'État de droit. Ces violations ont d'ailleurs été constatées sur place par des membres de l’Obudsman des droits humains (Procuradoria de Derechos Humanos). La collusion flagrante entre des entrepreneurs et des institutions de l'État guatémaltèque en est un autre symptôme plus qu'alarmant.


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(1) Les faits survenus dans le municipe de Panzós, Alta Verapaz, sont rapportés par le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'Homme des Nations Unies, dans le document « Los desalojos en el Valle del Polochic. Una mirada a la problemática agraria y a la defensa de los derechos humanos de las comunidades q’eqchi’s », publié en 2013 et consultable en ligne