Entrevue avec Eswin Ranferi López

Entrevue Avec Eswin Ranferi López,Membre du syndicat des travailleurs de la ferme Nueva Florencia, Janvier-février 2007

 

La Coordination de l’accompagnement international au Guatemala (CAIG) dont fait partie le PAQG, offre un accompagnement physique et un appui moral aux membres du syndicat des travailleurs de la ferme Nueva Florencia, dans la municipalité de Columba, Quetzaltenango. Après s’être faits renvoyer il y a près de 10 ans par l’administration de la ferme OTTMAR, SA (propriété de proches parents de l’actuel président Berger), les travailleurs ont entamé une poursuite judiciaire, réclamant des salaires non versés et exigeant leur réintégration. Ce qui a eu pour effet d’entraîner un long conflit légal et social entre les deux parties. En mai 2006, une énième décision de la cour favorable aux travailleurs obligeait OTTMAR à leur octroyer 2 terrains à l’intérieur de la propriété terrienne, exposant davantage les membres du syndicat aux menaces et intimidations déjà constantes des gardiens de sécurité privée de la ferme, en plus d’être réduits à des conditions de vie précaires, notamment pour les 4 familles demeurant toujours sur la ferme.

 

À ce sujet, nous avons rencontré Eswin Ranferi López, membre du syndicat, question d’en savoir un peu plus sur l’état du processus légal et sur la sécurité des extravailleurs de Nueva Florencia.

 

PAQG : Depuis le début 2007, y a-t-il eu des avancées ou des changements concernant la remise des terrains qui vous sont dus selon les jugements de la cour?

 

ERL : En ce qui concerne la propriété des deux terrains, le processus avance. Ce qui nous préoccupe beaucoup maintenant c’est de trouver les 98 000 quetzales (NDLR : un peu plus de 16 300$) nécessaire pour payer les impôts correspondants à 12% de la valeur de la terre. Nous devons réunir cette somme avant de pouvoir poursuivre les démarches légales. Ce qui ne sera pas une tâche facile puisque nous n’avons pas de travail. Mais nous croyons que ce n’est pas impossible.

 

PAQG : Souffrez-vous encore d’actes d’intimidations de la part des dix gardes armés de la ferme?

 

ERL : Le 24 décembre 2006, à 9 heures du matin, les gardiens sont venus tirer des coups de feu à environ 300 mètres de ma maison. Tout comme ils avaient souvent l’habitude de faire au cours des dernières années. Depuis le début de cette année, il n’y a pas eu de problème majeur.

Maintenant, ils essaient davantage de nous nuire de toutes les façons possibles. Par exemple, ayant trouvé un peu de bois, j’ai voulu le transporter en camion, mais les gardiens ne m’ont pas laissés entrer. Avec la nourriture c’est la même chose. Pour transporter du maïs ou n’importe quoi d’autre, nous devons le faire à dos d’hommes puisqu’ils nous empêchent d’entrer sur le terrain avec un véhicule.

 

PAQG : Dans ce contexte, que signifie l’accompagnement international pour les membres du syndicat?

 

ERL : Nous sommes très heureux de recevoir la visite des accompagnateurs près de la ferme où nous vivons. Quand  ils sont là, les gardiens s’approchent de la frontière et s’aperçoivent que nous, les travailleurs de Nueva Florencia, nous ne sommes pas seuls. Les gens du voisinage savent aussi que nous recevons de l’accompagnement international et cela nous procure encore plus de force pour continuer notre lutte. Avant la venue des accompagnateurs, nous étions très intimidés par les coups de feu et les gardiens qui nous dérangeaient à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Ils pouvaient tirer jusqu’à 30 coups de feu tout près de nos maisons. La forte intimidation que l’on subissait a diminué depuis l’arrivée des accompagnateurs.

Les gardiens tirent encore, mais de beaucoup plus loin, et seulement deux ou trois coups…

De plus, nous avons constaté, en visitant le juge assigné aux conflits de travail, une plus grande accessibilité et que notre cause est davantage prise au sérieux avec la présence des accompagnateurs s’identifiant comme tels. Les accompagnateurs étaient aussi présents quand je suis allé au ministère public pour dénoncer des intimidations et ils nous ont bien reçus. Alors, je suis très reconnaissant envers l’accompagnement international.

 

PAQG : Craignez-vous pour votre sécurité lorsque vous prendrez possession de vos terres?

 

ERL : Nous avons déjà effectué des démarches auprès de CODECA (Comité de développement de Columba). Ils nous ont assuré la présence d’au moins 500 personnes lorsque nous irons nous installer sur les terres. Question d’être imposants face aux gardiens armés. Ce sera sans doute difficile. Nous serons en plein territoire de l’ennemi. Ces terres se situent directement au centre de Nueva Florencia. Ce sera le début d’une lutte différente. On s’attend à avoir des problèmes de sécurité, puisque l’entreprise nous a toujours démontré son arrogance et a toujours cherché à nous nuire. Mais après 10 ans de lutte acharnée, nous ne pouvons rebrousser chemin. Nous devons occuper ces terres!