Mai 2014: Éviction violente des communautés en résistance à La Puya le 23 mai dernier

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Contexte et texte de la pétition en français:

Le mouvement de résistance de La Puya lutte depuis mars 2012 contre le projet de mine d’or El Tambor, mené par la firme d’ingénierie américaine Kappes, Cassiday & Associates (KCA) et la compagnie minière canadienne Radius Gold sur le territoire des municipalités de San José del Golfo et de San Pedro Ayampuc. Jusqu’à tout récemment, les communautés locales avaient réussi à empêcher l’entrée de machinerie lourde sur le site minier en érigeant un campement pour en bloquer l’entrée, malgré la forte présence policière et l’intimidation dont elles sont victimes.

Dès l’aube, le 23 mai, des centaines de policiers en uniformes anti-émeute se sont massés près du campement et ont utilisé des gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes à l’encontre des femmes et des enfants qui formaient la première ligne de résistance. Des employés de la KCA et des policiers en première ligne ont également été incommodés par les gaz ce qui, selon plusieurs, démontre incontestablement l’agressivité et le caractère impulsif de l’opération. Alors que les agents de la PNC réprimaient violemment la résistance, plusieurs femmes chantaient des slogans et tentaient de leur expliquer les raisons de leur lutte, évoquant les lourdes conséquences environnementales d’un tel projet minier. L'éviction des opposant-e-s a provoqué plus d'une vingtaines de blessé-e-s parmi ceux-ci, en plus de se solder par l'arrestation de la criminalisation de certains.

 


Malgré les nombreux appels au dialogue lancés par les communautés locales, il semble que le Ministère de l’intérieur du Guatemala ait préféré la violence et la répression. Cette agression démontre que les entreprises minières venues de l’étranger peuvent compter sur l’appui du gouvernement et des forces de sécurité pour bafouer les droits des communautés en résistance pacifique. Il semble également évident que pour le gouvernement de Pérez Molina, le droit à la propriété privée prime sur les droits des communautés à s’exprimer sur de tels projets de développement, dont les conséquences sur l’environnement et leur vie quotidienne sont trop souvent désastreuses. Quelques instants avant l’éviction, un représentant de KCA sous escorte policière aurait ainsi réclamé l’accès à « sa propriété privée ».

« La Puya est toujours debout, bien qu’il y ait une présence excessive d’agents », a dit la leader communautaire Yolanda Oquelí. Elle a indiqué que la résistance se poursuivait malgré la répression, se disant préoccupée par le fait que plusieurs personnes manquent à l’appel, étant probablement détenues par la PNC. Dénonçant l’abus d’autorité de cette dernière, elle a évoqué la possibilité d’entreprendre une action légale, notamment en traînant le Guatemala devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme.

Cette éviction a provoqué de nombreuses réactions de la part d’organisations internationales et d’organismes œuvrant à la défense des droits humains au Guatemala. Le 27 mai, le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) en Amérique centrale a vivement dénoncé l’emploi de la force contre des opposant-e-s pacifiques et le nombre élevé de personnes blessées. Il a également appelé le gouvernement à entreprendre un « dialogue sérieux » avec les communautés affectées par le projet El Tambor.

Vous êtes invité-e-s à prendre un moment pour signer la pétition lancée par le Network in Solidarity with the People of Guatemala (NISGUA), qui dénonce l’éviction violente dont ont été victimes les opposant-e-s pacifiques de La Puya et demande à KCA et Radius Gold d’interrompre leurs activités sur le site minier El Tambor.

Texte: Simon Bertrand

Version française de la pétition en ligne:

À :

Dan Kappes

PDG, Président et Directeur, Kappes, Cassiday & Associates, Courriel : dkappes@kcareno.com

Simon Ridgway

PDG, Président et Directeur, Radius Gold, Courriel : info@radiusgold.com

À l'adresse de Kappes, Cassiday & Associates et Radius Gold,

Je vous écris à vous, les principales entreprises impliquées dans le projet minier El Tambor, au Nord de Guatemala City, afin de dénoncer vivement la répression menée par les forces de sécurité guatémaltèques le vendredi 23 mai à l’encontre d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont défendu pacifiquement leur eau, leur santé et le bien-être de leur communauté depuis le deux mars 2012. Considérant qu’un processus de dialogue est en cours entre le gouvernement guatémaltèque et la communauté, nous vous exhortons à interrompre toutes activités minières et à cesser vos pressions pour que les autorités guatémaltèques utilisent la force et l’agression contre leurs citoyens.

Le 23 mai, des centaines de policiers ont été déployés près du campement connu sous le nom de « La Puya » et ont utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes contre un groupe de manifestants pacifiques et non armés. Plusieurs de ces policiers ont été filmés en train de lancer des pierres sur le groupe à partir d’une colline à proximité. Plus de 20 personnes ont été blessées, dont deux très sérieusement, et sept ont été conduites dans un hôpital de Guatemala City.

Les gens de La Puya ont maintes fois manifesté leur volonté de dialoguer afin de trouver une solution non violente à leurs préoccupations concernant le futur de votre projet. En fait, depuis maintenant un an, des représentants du mouvement participent à un dialogue de haut niveau avec leur gouvernement. Ils ont demandé à ce que ce dialogue n’ait lieu qu’avec leur gouvernement – pas avec KCA ou Radius – puisque les enjeux dont il est question concernent les obligations de leur gouvernement à l’égard des droits de ses citoyens.

Le dialogue est tombé au point mort au début de la semaine dernière lorsque le gouvernement a refusé que les conversations soient enregistrées. Durant la fronde à La Puya vendredi dernier, le Vice-ministre de l’intérieur a insinué que le gouvernement avait accepté de faire entrer de l’équipement minier parce que le dialogue était « brisé ». Les membres de la communauté à La Puya continuent de répéter qu’ils veulent compléter le processus de dialogue, mais avec davantage de transparence. Encourager les autorités guatémaltèques et les communautés affectées à trouver une solution pacifique au conflit devrait être votre plus grande priorité.

L’attaque de vendredi n’est pas le seul incident violent qui est survenu contre les gens de La Puya. En juin 2012, un homme inconnu a blessé Yolanda Oquelí par balle, alors qu’elle retournait chez elle à partir du campement. En outre, des gardes de sécurité employés par EXMINGUA ont été condamnés pour avoir intimidé des journalistes à proximité du campement en décembre 2012.

Les préoccupations des communautés à propos de l’impact du projet sur la qualité de l’eau et leur santé sont appuyées par les évaluations menées par l’expert en hydrologie et géochimie Robert Moran. Dans une évaluation en date du 22 mai 2014, il soutient que l’Étude d’impact environnemental (EIA) menée par votre entreprise est l’une des plus mauvaises qu’il ait pu voir sur les centaines qu’il a évaluées durant ses 42 années d’expérience. Bien que le processus ait été lent, toutes les parties travaillaient à une entente visant à corriger l’EIA afin qu’elle tienne compte de la contamination de l’eau engendrée par les niveaux très élevés d’arsenic déjà présents dans le sol.

Bien que Radius Gold ait vendu ses parts de la filiale guatémaltèque Exploraciones Mineras de Guatemala S.A. (EXMINGUA) à KCA en août 2012, elle conserve un intérêt économique dans la mine. Les états financiers de la compagnie pour l’année 2013 indiquent que les trois quarts des coûts de cette transaction de vente seront payés à Radius une fois que des chargements d’or sortiront de la mine, et que Radius prévoit recevoir des paiements trimestriels de KCA en fonction de la production d’or.

Je demande à Kappes, Cassiday & Associates du Nevada et Radius Gold de Vancouver de mettre un terme à toutes les activités minières afin d’appuyer le processus de dialogue, et à appeler publiquement les forces de sécurité guatémaltèques à cesser l’utilisation de la force et de la violence.

Sincèrement,

(Signature)

cc :

Président Otto Pérez Molina

Ministère guatémaltèque de l’intérieur

Ambassade des États-Unis au Guatemala

Ambassade du Canada au Guatemala