Histoire du Guatemala

Le Guatemala a connu une histoire mouvementée où la domination et l’exploitation trouvent leurs racines. La connaissance de cette histoire permet une meilleure compréhension des enjeux actuels. Voici donc quelques pistes...

La période pré-colombienne

Bien avant la création de l’État guatémaltèque, le territoire était peuplé essentiellement par les Mayas. Leur culture trouve ses racines à la période préclassique (2000 ans avant J-C à 250 ans après J-C), mais son réel épanouissement se situe un peu plus tard, lors de la période classique. Le territoire maya dépassait largement les frontières actuelles du Guatemala et s’étendait du Mexique jusqu’au début du Honduras et du El Salvador en passant par le Belize. Il s’agit d’une civilisation très riche en art, en architecture, en céramique, en écriture et en science. D’importants vestiges de cette époque florissante demeurent (notamment Tikal et Uaxactun).

 La colonisation

L’incroyable évolution du peuple maya rencontre cependant un obstacle : la colonisation. En 1524, Pedro de Alvarado, envoyé par Cortès, vient conquérir le royaume quiché. La période coloniale aura un terrible impact sur le monde maya. L’apparition des haciendas coïncide avec une période de domination et d’exploitation des peuples autochtones.

Pendant près de 200 ans, le Guatemala vivra sous l’emprise étrangère. Ce n’est qu’en 1821 que le pays obtient son indépendance. En 1823, le Guatemala s’allie avec d’autres pays de la région dans le groupe des Provinces-Unies de l’Amérique centrale. Cette fédération aura une courte vie et sera renversée en 1839.

À la fin du XIXe siècle, le pays connaît un réveil économique. Il n’aura toutefois pas d’effet positif pour les communautés autochtones qui continuent à se faire exploiter. En effet, les Mayas sont utilisés comme des esclaves dans les plantations. Les colonisateurs volent leur terre et les communautés se voient refoulés dans les régions montagneuses. Leurs conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. C’est au même moment que la culture du café se développe sous l’influence de planteurs allemands.

La tutelle américaine

Entre 1898 et 1944, le Guatemala se retrouve sous la tutelle virtuelle des États-Unis. Les deux dictateurs, Manuel Cabrera (1898-1920) et Jorge Ubico (1926-1944) laissent la United Fruit Company s’approprier le Guatemala en constituant un véritable empire bananier. Pendant ces années de dictature, le pays se voit contrôlé par les grandes compagnies américaines. C’est à ce moment que certains des métisses, que l’on appellera ladinos, vont s’enrichir et devenir les principaux propriétaires terriens. Afin de maintenir le peuple sous son autorité, l’armée exerce une répression qui mènent à de fortes tensions politiques et sociales. Ces tensions entraînent de multiples grèves et manifestations ce qui pousse Jorge Ubico à démissionner en 1944.

Dix ans de réformes

Juan José Arévalo est élu président en 1945. Il prône une politique de développement qui soustrait le Guatemala de la tutelle américaine. Plusieurs projets sociaux sont développés et une importante réforme agraire sera lancée. Toutefois, les propriétaires terriens et les compagnies américaines s’opposent fortement à ces changements. Jacobo Arbenz Guzman (1951-1954) poursuit l’œuvre d’Arévalo et pousse la réforme agraire. C’est ce qui va inciter les États-Unis, avec l’aide de la CIA, à fomenter un coup d’État. En 1954 prend fin l’expérience démocratique. Les militaires arrivent au pouvoir ce qui marque le début de la longue guerre civile.

 La guerre civile

 La répression ciblée : les années ’60-’70

Les gouvernements autoritaires vont se succéder au rythme des coups d’État ou d’élections fantoches. Les dirigeants sont proches de l’oligarchie et des militaires et usent de la violence pour faire valoir leurs intérêts. À partir de 1962 se développe la guérilla ce qui va donner une nouvelle dynamique au conflit.

 

Pendant ces années, la violence s’exerce de façon ciblée, on cherche à éliminer les dirigeants de l’opposition et les activiste. Les forces armées s’opposent avec force aux différents groupes de guérilla (MR-13, l’ORPA, l’EGP, FAR, PGT...). Ces diverses forces de guérilla se réuniront plus tard sous l’URNG (Union revolucionaria nacional guatemalteca). Les militaires au pouvoir interdisent les partis politiques ainsi que les organisations syndicales et exercent une importante répression envers les dirigeants des groupes de gauches soupçonnés alors de communisme.

Pendant les années ’70, la violence se poursuit. Les réformes proposées sont défavorables aux populations paysannes et réduisent de beaucoup leurs ressources. La pauvreté et la frustration augmentent. C’est ce qui poussera notamment au début des années 1980, la création du CUC (Comité d’unité paysanne). Ces groupes luttent essentiellement pour se réapproprier les terres qui leur ont été enlevées depuis le début de la colonisation.

 Les années de répression massive, les années ’80

En 1978 arrive au pouvoir Fernando Romeo Lucas Garcia, commence alors une des périodes les plus difficiles pour les guatémaltèques. Efrain Rios Montt qui prend le pouvoir en 1982 poursuit la répression. Il développe une politique de la terre brûlée ce qui rasera complètement 440 villages. Cette politique suit une stratégie militaire bien précise. Il s’agit d’attaquer les populations autochtones afin de détruire les bases possibles de ravitaillement et de soutient de la guérilla. Les Mayas seront donc les principales victimes de ce carnage. Les disparitions se multiplient, les meurtres collectifs aussi. Des divisions militaires et paramilitaires sèment la terreur. On parle alors beaucoup des escadrons de la mort qui enlèvent, torturent et tuent des centaines d’individus accusés de soutenir la guérilla, mais aussi des Patrouilles d’auto défense civile (PAC). Ces PAC sont recrutés, souvent de forces, dans les villages. Entraînés pour tuer, ils sont l’outil par excellence du génocide. Les résultats de ces années de répression sont terribles. On considère que le conflit aura fait plus de 200 000 victimes. Plusieurs charniers demeurent encore cachés et les principaux coupables sont encore en liberté.

 Le retour à un pouvoir civil

En 1985, le pays ressent fortement les différentes pressions internationales. Afin d’attirer l’aide économique, les militaires acceptent de céder le pouvoir aux civils. C’est alors qu’est élu Vinicio Cerezo. Malgré l’instauration d’un nouveau régime démocratique, les militaires restent très présents.

Les années 1990 seront des années de négociations mais aussi de retour des exilés qui se sont réfugiés, pour la plupart, au Mexique. Après plusieurs négociations un accord est signé permettant un premier retour massif de réfugiés le 20 janvier 1993. De plus, pour la première fois un dialogue s’établit entre le gouvernement et la guérilla. Il faudra attendre 1996 avant que soient signés les Accords de Paix (la signature se fait le 29 décembre 1996). La recherche de la paix n’est cependant toujours pas achevée et malgré quelques avancements que certains qualifient de démocratiques, la population n’a toujours pas eu justice et réparation pour ces 36 ans de guerre civile.