Procès contre Rios Montt : l’incertitude plane toujours pour les victimes du conflit armé

 

MONTRÉAL, le 25 juin 2013.  Le procès historique contre l’ex-dictateur et général Efraín Rios Montt et pour génocide et crimes contre l’humanité contre des populations mayas a connu de nombreux bouleversements et l’incertitude pèse toujours quant à l’issue ultime de cette saga judiciaire d’une grande importance.

Le procès contre Rios Montt et Rodriguez Sanchez, dont les audiences ont débuté le 19 mars dernier, a donné la tribune à plus de 60 experts et près d’une centaine de témoins d’origine maya Ixil  ayant survécu aux exactions commises durant le règne de l’ex-dictateur, dont 94 ont signalé qu’au moins un membre de leur famille fut assassiné par les forces armées. Rappelons qu’Efraín Rios Montt a été à la tête d’un gouvernement militaire pendant un peu plus d’un an entre 1982 et 1983, période qualifiée comme la plus meurtrière du conflit armé interne qui a sévi au Guatemala de 1960 à 1996. Celui-ci a bénéficié jusqu’en 2012 d’une immunité comme membre du Congrès. Pour sa part, Mauricio Rodriguez Sanchez agissait comme chef de l’intelligence militaire durant la même époque. Le procès concerne des actes perpétrés dans la région Ixil (département du Quiche) en 1982 et 1983.

La lutte pour la justice et la réparation des victimes de génocide et de crimes contre l’humanité a été semée d’embûches pendant plus de 30 ans. Le processus judiciaire en lui-même a connu de nombreux obstacles, que ce soit par les tactiques de la défense visant à délégitimer le procès et les juges le présidant, par la suspension du procès en avril, ainsi que d’autres événements ayant montré que la précarité du système judiciaire guatémaltèque.

Le 10 mai 2013, dans un jugement historique, le tribunal dirigé par la juge Barrios a condamné Rios Montt à 50 années en prison pour génocide et 30 ans supplémentaires pour crimes contre l'humanité, pour un total de 80 ans fermes et prenant effet immédiatement. Il s’agissait de la première fois de l’histoire de l’Amérique latine qu’un ancien chef d’État est trouvé coupable de génocide dans un tribunal national.Le jugement fut salué par les victimes et les organisations à travers le Guatemala et la communauté internationale.

Le 20 mai, quelques jours après une intense campagne du CACIF (le plus puissant lobby privé au pays) contre la condamnation pour génocide, la Cour constitutionnelle du Guatemala provoqua la consternation générale en annonçant le retour en arrière du procès en date du 19 avril 2013 en raison de vices procéduraux. À noter que deux juges faisant partie du panel ont fait connaître publiquement leur dissidence face à cette décision, notamment puisque la Cour constitutionnelle ne devrait pas être saisie de statuer sur des vices procéduraux et que la décision était disproportionnée.

Depuis cette date, les juges présidant le tribunal ont refusé de poursuivre leurs fonctions. La nouvelle cour qui prendra l’affaire ne pourra l’écouter qu’en avril 2014, puisque son agenda est rempli jusqu’à cette date.

Le 11 juin, Rios Montt fut assigné à résidence, après avoir passé quelques nuits en prison et quelques semaines à l’hôpital militaire suite à un malaise.

De nombreuses voix se sont levées tant au niveau national qu’international pour manifester leurs préoccupations quant au revirement de situation (que les médias guatémaltèques nomment « l’annulation du jugement »), notamment 30 membres du Parlement européen, le Comité contre la torture de l’ONU et l’Initiative des Femmes Nobel.

Rédaction: Marie-Dominik Longlois