« Décoloniser l’imaginaire pour renouveler le contrat social ». Ce que le Guatemala, via la pensée de Sandra Morán, apporte au Monde.

« Décoloniser l’imaginaire pour renouveler le contrat social ».

Ce que le Guatemala, via la pensée de Sandra Morán, apporte au Monde

Crédits : Gerry de Todos por Guatemala

 J’emprunte la notion « décoloniser l’imaginaire » à Serge Latouche lequel, dans son ouvrage Le Pari de la décroissance, avait souligné l’importance de rompre avec nos schémas de pensée encore rigides pour renverser la tendance actuelle et parvenir à construire une société nouvelle et « conviviale » fondée sur une éthique du vivant et le respect à la vie. La décolonisation de l’imaginaire chez Sandra, bien qu’elle souligne l’importance de la dénonciation des épistèmes dominantes et invite à la prise de position dans la lutte pour la transformation de nos sociétés capitalistes, patriarcales et colonialistes, dépasse le cadre de la dénonciation pour construire les « ponts » conceptuels et philosophiques permettant la construction d’un nouveau « contrat social ». Le 17 juin dernier, les veines de l’Amérique latine ont été rouvertes dans la cour-arrière de la Coop Touski, au cœur du quartier montréalais Hochelaga-Maisonneuve. Via la pensée politique de Sandra Morán, première femme lesbienne et féministe à avoir été élue au Congrès de la République de Guatemala, nous avons pendant trois heures réinventé le Guatemala et le monde par ricochet. Dans la perspective de Morán, elle même renforcée par la pensée des groupes féministes guatémaltèques et les mouvements sociaux de résistance, le Guatemala est disposé à ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire des Peuples et à léguer un héritage conceptuel et politique qui apporterait au Monde de nouveaux éclairages pour la constitution de cette société conviviale à laquelle nous aspirons tous dans notre humanité profonde. Sandra décolonise notre imaginaire, renouvelle le contrat social et construit des mondes possibles avec la force incroyable de sa voix et la lucidité de sa pensée politique.

Des cimetières clandestins de l’armée guatémaltèque datant des années 1980 refont surface sur un institut de formation aux opérations de paix de l’ONU

Des cimetières clandestins de l’armée guatémaltèque datant des années 1980 refont surface sur un institut de formation aux opérations de paix de l’ONU

Un texte de Paule Portugais, Accompagnatrice Internationale au Guatemala

 

            Crédit : Sandra Sebastián, Plaza Publica.

 

20 ans après la signature des Accords de paix, suffisamment de preuves ont été collectées afin de juger 8 hauts gradés militaires responsables des crimes commis dans la base militaire ironiquement appelée Creompaz (Comando Regional de entrenamiento de operaciones de Mantenimiento de la Paz) entre les années 1978 et 1986. Le 6 janvier 2016, une vague d’arrestations en relation aux massacres datant des années 1980 dans les municipalités d’Alta et Baja Verapaz a secoué le pays. En début d’année, l’État guatémaltèque avait un mandat d’arrestation pour 22 militaires. Or, huit d’entre eux sont toujours en fuite et recherchés au niveau national et international. Ces captures représentent les plus importantes du genre au pays en ce qui a trait au nombre et au rang des militaires arrêtés. Le 7 juin 2016, la juge Claudette Domínguez a déclaré la résolution de l’étape intermédiaire du procès. 8 militaires, en prison préventive depuis le mois de janvier 2016, devront faire face à la justice lors d’un débat oral et public. Pour des raisons médicales, le militaire Luis Alberto Paredes Nájera devra quant à lui être jugé dans un processus judiciaire distinct. Deux autres, Ismael Segura Abularach et Gustavo Rosales García ont été libérés de manière immédiate suivant la résolution de la juge à leur égard. Les organisations plaignantes ont déjà rendu public qu’elles porteront en appel la décision de la juge à cet effet.